Grandes entrevues POLITIQUE

Jean Charest sort de sa réserve

Un legs historique!
La Vie Agricole, le 14 janvier dernier, rencontrait Jean Charest, l’ancien Premier ministre du Québec. Il est maintenant associé au bureau d’avocats, McCarthy Tétreault mais il a accepté pour nous de faire une rare sortie dans la vie publique sur le thème du libre-échange Canada-Europe. Cette entrevue est exclusive puisque M. Charest, on le sait, limite ses interventions dans les médias depuis qu’il est retourné œuvrer au privé. Si on se fie aux bilans plutôt positifs dans le développement de l’économie québécoise suite à l’implantation de l’Alena (Accord de Libre-Échange Nord-Américain), en Amérique du Nord, on peut alors penser que la démarche initiée par Jean Charest pour amener le Canada et l’Europe à une entente de libre-échange est un beau leg pour les générations futures. Il a cœur l’accomplissement de ce projet depuis 2007.
Le père du libre-échange
Jean Charest est aux yeux de plusieurs le père de l’accord de libre-échange Canada-Europe et il n’en n’est pas peu fier : «  Tout à commencer à Davos en 2007, et comme vous le soulignait, il est vrai que Perren Betty, directeur de la chambre de commerce du Canada, a fait partie des discussions préalables. Ce fut un projet ambitieux pour un premier ministre provincial «  dit-il. Il se dit convaincu qu’il fallait cet accord tant pour le Québec que pour le Canada. «  Nous ne sommes que 35 millions au Canada et 8 millions au Québec. Nous avons besoin d’avoir accès à ces marchés et je me suis dit après l’échec de L’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) à Doha en 2001, qu’il fallait proposer à L’Europe de signer un accord entre elle et le Canada. On voulait conclure une entente entre des pays aux valeurs similaires.« 
Il rappelle que c’était l’occasion pour l’Europe de mettre les pieds en Amérique du Nord. «  Et il faut savoir que pour le Canada, si on avait été en négociation tripartite avec l’Europe et les États-Unis, on n’aurait pas eu la même force« , de dire Jean Charest. L’ancien Premier ministre explique que s’il y avait eu une entente bilatérale entre les États-Unis et l’Europe, cela se serait traduit par une déviation du commerce. Selon M.Charest, avec moins de 3 % du PIB mondial la seule façon de garantir au Canada le développement des marchés passait par cet accord.
Un homme décomplexé à qui cela sourit 
La Vie Agricole lui a demandé comment il a fait pour influer dans cette réalisation alors qu’il était Premier ministre du Québec et non du Canada. Après avoir rappelé qu’il doit cela à son approche décomplexée et à ses actifs passés au fédéral, il souligne aussi que tout cela n’était possible que parce que la fédération est très décentralisée. Il en profite alors clairement pour faire valoir l’objectif politique pour lequel il s’est battu pendant ses 28 ans de vie politique : Un Québec fort dans un Canada uni.
Une question d’hommes aussi
Il lui a fallu certes convaincre le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, nous précise M.Charest. «  Il a su, à son crédit, attraper la balle au bond. Ça lui fera un héritage politique majeur« , de dire M. Charest. Mais cette initiative est devenue réalité aussi grâce aux contacts de Jean Charest avec des hommes politiques français influents : Jacques Chirac en tout premier lieu début 2007. L’ancien président de la république française a été rencontré par Jean Charest à l’Élysée dans le cadre d’une conférence sur l’environnement. Puis se sont succédées les rencontres avec Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé et à compter de mai 2007 le nouveau président de la France Nicolas Sarkozy, avec qui on le sait, il entretient des liens de proximité. «  Pourtant en France, les gouvernements de gauche comme de droite ne sont pas très ouverts naturellement au libre-échange. Ils sont souvent sur les freins avant l’accélérateur !«  de préciser Jean Charest.
La plus belle réalisation de sa vie ?
À la question : « Est-ce votre plus belle réalisation politique de votre vie « , dans un bel éclat de rire, il nous dira : «  Oui, mais j’en ai plein mais c’est dans mon top 5 !« . Top 5 dans lequel il inclut le Plan Nord. Sur ce sujet il décoche d’ailleurs une flèche à Mme Marois qui à ses yeux, au détriment du Québec, n’a malheureusement pas poursuivi ce qu’il a initié. « Mme Marois a voulu jouer avec ça au détriment de nos intérêts. Ça m’attriste que le Parti Québécois et son gouvernement n’aient pas voulu continuer le Plan Nord !« . Il se dit également très fier de ses politiques familiales. Il parle aussi avec enthousiasme de l’action de son gouvernement qui a réalisé une percée importante dans la protection du territoire en misant sur la conservation des territoires au nord du 49e parallèle. « Le New-York Times, dit –il, parle de ce projet comme du plus important de l’Histoire« .
Un retour, c’est non !
M. Charest ne reviendra pas en politique. «  Non, ça ne me tente pas. J’ai aimé, j’ai fait 28 ans. Ça a été merveilleux avec des hauts et des bas mais c’est comme ça. J’ai laissé l’économie du Québec en bon état. Je suis ce qui se passe car ça m’intéresse mais je suis au bureau de Mc Carthy Tétreault, je voyage, je négocie des ententes et en politique, j’ai donné. Et avec Michèle ( sa femme), on est maintenant grands-parents. On est passé à une autre étape, ça donne un signal !« , ajoute-t-il. On sent bien que pour Jean Charest, les priorités ont changé.
Petit lapsus, Sarkozy de retour ?
Lorsqu’il évoque l’élection de son ami Nicolas Sarkozy, il dit spontanément: «  Quand Nicolas Sarkozy a été élu en 2017…«  Alors que c’était en 2007! Mais comme chacun sait que l’ex-président de la république française est en réflexion sur son éventuel retour en politique active en 2017 pour la prochaine élection présidentielle en France, Jean Charest l’espère-t-il inconsciemment ou, a-t-il des informations privilégiées ? Quand on lui souligne le lapsus, pour échapper à une réponse en tant que telle, il éclate de son grand rire légendaire. Jean Charest aura été comme à son habitude très « friendly«  et d’un optimisme sans borne !

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