Et si l’Amazonie devenait une propriété chinoise ?

Ordre des agronomes du QUébec

Alors que le Québec est friand régulièrement de débats stériles sur l’accaparement des terres puisque tout un chacun sait que l’achat de terres agricoles par des étrangers est de l’ordre de l’impossible dans la belle province en raison de la loi créée à l’époque de M.Garon pour s’assurer que les propriétaires terriens soient bien Québécois, d’autres enjeux sur la planète sont quant à eux réellement inquiétants. Dans un récent dossier du Courrier international il était fait état de la possibilité que la Chine veuille un jour acheter l’Amazonie !

Le Courrier international rappelait à quel point l’Équateur est «étroitement dépendant de la Chine, qui se fait rembourser ( par l’Équateur) en pétrole ses prêts».

On peut alors craindre qu’avec la crise économique à venir suite à la pandémie, que la situation ne s’améliore pas et que la dépendance de l’Équateur face à la Chine s’accroisse obligeant les gisements d’Amazonie à tourner à plein régime.

Le Courrier international précise aussi avoir connaissance d’un rapport selon lequel l’Équateur aurait l’intention de vendre un tiers de sa région amazonienne ( 43 % du territoire) dans l’est et le nord du pays à la Chine. «Le portail du média Business Insider informait ainsi dès 2013 sur un projet d’adjudication en vue de la concession de l’extraction pétrolière en Équateur, sous ce titre frappant : “L’Équateur vendra un tiers de sa forêt amazonienne à des entreprises pétrolières chinoises.”»

Le fort développement économique de L’Équateur sous le mandat du président Rafael Correa (2007-2017) a été financé par la Chine. En échange, «l’Équateur s’est engagé à vendre des millions de barils de pétrole aux Chinois à des conditions favorables. Jusqu’en 2024, l’Équateur doit fournir 90 % du total de son pétrole brut exportable à la Chine».

La situation économique difficile qui s’annonce ne prédit rien de bon pour l’Équateur au regard de sa dépendance vis-à-vis de la Chine.

L’Afrique aussi dans le viseur de la Chine

Selon Deutsche Welle, service média international de diffusion allemand, Yabg Haomin, le président de Shaanxi Farm Agribusiness Corporation, a mis sur pied au Cameroun dès 2015, une société agricole provinciale de Chine à l’invitation du Cameroun et sur ordre de Pékin, pour investir dans le domaine agricole.

Si l’idée farfelue de l’achat de terres par les Chinois a eu ses heures de gloire au Québec, il serait plus honorable pour les diverses instances responsables de ce dossier de s’inquiéter du rôle de la Chine ailleurs dans le monde et de plutôt rappeler à quel point le Québec est extrêmement bien protégé de ces potentielles dérives.

Avec environ 1,5 milliard d’habitants, la Chine compte 20 % de la population mondiale. Mais elle ne dispose que de 9 % des surfaces agricoles et 6 % des réserves en eau douce de la planète. Elle aurait donc un fort intérêt pour l’Afrique, dont 80% des terres arables sont libres.

Un danger pour la sécurité alimentaire mondiale

Mais la Chine n’est pas le seul pays à avoir de vision de grandeur en dehors de ses frontières. L’achat massif de terres agricoles en Afrique par certaines puissances étrangères constitue une menace à la fois pour le développement et la sécurité alimentaire des régions concernées. Mais pour Charles Sielenou, expert agricole et fondateur d’Action Sociale Africaine qui opère dans l’agriculture, la santé et l’éducation, le problème n’est pas que chinois.

Il rappelle que la Chine, avec moins d’un million d’hectares de terres agricoles en Afrique, arrive loin derrière les grands acquéreurs terriens sur le continent, que sont les Émirats arabes unis (1,9 million d’hectares), l’Inde (1,8 million d’hectares), le Royaume-Uni (1,5 million d’hectares), les États-Unis (1,4 million d’hectares).

Le Canada et le Québec aussi investisseurs ailleurs !

Selon un article de juillet-août 2017 du magazine The monitor, du Centre canadien de politiques alternatives, publié récemment en français par Inter Pares une organisation de justice sociale, le Canada n’est pas blanc comme neige dans le dossier de l’accaparement des terres à l’étranger.

«Les fonds de pension comptent parmi les plus gros investisseurs sur les marchés financiers mondiaux : ils gèrent des sommes plus importantes que les fonds souverains, les fonds de couverture et les fonds de capital-investissement réunis. Et les fonds de pension du Canada sont parmi les plus importants de la planète.», peut-on lire.

En 2012, Inter Pares, une ONG basée à Ottawa, s’est greffée à une petite coalition d’organisations du Brésil, du Canada, de la Suède et des États-Unis pour enquêter sur la manière dont le fonds de terres agricoles mondial géré par le fonds de pension des enseignants et enseignantes des États-Unis, TIAA-CREF, a acquis des terres au Brésil.

«Il arrive que les fonds de pension investissent dans des portefeuilles gérés par d’autres fonds de pension; c’est ainsi que des intérêts canadiens et suédois sont investis dans le fonds de terres agricoles mondial de TIAA-CREF. Au Canada, la Caisse de dépôt et placement du Québec et la Société de gestion des investissements de Colombie-Britannique (bcIMC) y ont des parts importantes.» d’expliquer Inter Pares.

«Les exploitations que possède TIAA-CREF sont situées dans la zone méridionale du Matopiba vers laquelle s’étend la culture du soja à grande échelle. Il s’agit d’une région rurale du Brésil où vivent des communautés autochtones et afro-brésiliennes ainsi que les familles de petits exploitants agricoles ayant réussi à préserver la fragile, mais grande biodiversité de la savane.», de spécifier l’ONG.

Au final si l’accaparement des terres est un non-sujet lorsqu’il s’agit de l’achat de terres au Québec il peut devenir un sujet sensible au regard de certaines actions de pays développés ailleurs dans le monde et le Canada et le Québec ne semblent pas exempts de certaines dérives.

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