Nul en français et loin d’être le seul

Ordre des agronomes du QUébec

À l’université, dans une classe de plus 60 étudiants, le professeur remet les travaux de ses élèves avec commentaires en commençant par les pires. Au premier, qui avait 17 fautes dans sa préface, il déclare d’un ton autoritaire « c’est l’équivalent de 3 fautes par lignes, j’ai cessé de corriger dès le début, vous avez zéro… « Pierre Nadeau venez chercher votre travail ».

Profondément humilié, l’adolescent que j’étais cherchait désespérément à grappiller tout ce qui me restait d’amour-propre pour aller chercher mon chef-d’œuvre dans l’espoir vain que personne ne regarde ou mieux encore, que je me trouve par erreur dans un cours de malentendants. Aujourd’hui, je remercie intérieurement ce professeur malotru qui a réussi en 30 secondes là où le système scolaire de deux provinces différentes a échoué honteusement. Avouons tout de même que ce n’est pas normal.

J’aurais quand même pu rester en bonne compagnie car j’observe que la majorité des hommes éduqués et intelligents que j’ai connus ne sait pas écrire. J’ai décidé d’y remédier en portant attention par la suite à tout ce que je lisais. C’était devenu pour moi une façon indirecte d’apprendre la grammaire que je ne connaissais pas.

Pourquoi m’a-t-on échappé ? Un facteur important, sans que ce soit le seul, se résume au fait que l’école était pour les filles et enseignée dans un contexte culturel majoritairement féminin sans compter que la grammaire est immensément « plate ». Aujourd’hui, à l’heure des missiles supersoniques la grammaire est toujours aussi « plate ».

N’aurait-il pas été plus intéressant d’accorder mes verbes et mes participes avec des thèmes chers aux garçons : du genre policiers, espions, les bois, les camions, la guerre, les voitures, les bateaux, la vie des autochtones, de pirates, la vie à la ferme, la savane, l’alpinisme, les animaux dangereux, les voyages intrépides, la construction et bien d’autres ? S’il eut fallu que le pompier tombât de son échelle, etc. Le subjonctif aurait mieux passé à la pêche sur un lac sauvage qu’à sentir des fleurs qui ne poussent même pas chez nous ou manger des topinambours. Des quoi? Et pourquoi pas l’impératif sur une patinoire ou dans le ring ? Aujourd’hui tous ces thèmes énumérés risquent d’être considérés comme « violents » donc hors du programme.

Digressons un peu sur l’omniprésence de la violence. Tous les garçons adolescents savent que ce sont les hommes qui doivent faire la guerre. Et tous ressentent à cet âge, consciemment ou non, une certaine crainte d’approcher l’âge de la conscription obligatoire. Advenant qu’on soit appelé qu’arriverait-il? Les évènements mondiaux comme la présence de Trump portent à réfléchir dans ce sens. La façon la plus saine d’affronter ses peurs est de tout connaître sur le sujet. Comme la guerre « c’est violent », on évite le sujet et tant pis pour vous si vous n’êtes pas préparé. Vaincre ses peurs et combattre pour réussir est pourtant l’essence de la vie. Ignorer une réalité comme la violence ne la règle pas.

Les femmes ont progressé grandement et tant mieux, mais enseigner le français au moyen de livres trop féminins ou trop enfantins n’aide personne.

À douze ans j’ai découvert quelques romans de Bob Morane que je lisais en secret. J’assumais qu’ils étaient interdits puisque intéressants. Il y a 50 ans l’auteur, Henri Vernes, nous parlait du vrai monde et non de coquelicots. Cet auteur m’a rendu, dès mon jeune âge, beaucoup plus conscient de la réalité des échanges entre pays et de la vraie nature des hommes. Enfin, je lisais …un peu. C’était une bonne école.

Quand je pense à toutes les mesures législatives qu’on veut mettre en place pour préserver la langue française je ne peux m’empêcher de penser que le combat est d’abord et avant tout interne. Il faut vouloir. Il faut aimer sa culture et pour l’aimer il faut la connaître. Pour la connaitre, il faut qu’on nous y intéresse dès le jeune âge. C’est là qu’on perd beaucoup de garçons.

L’enchantement de lire le français, de le parler et de l’écrire viendra tout naturellement. Sinon, les législateurs s’arracheront les cheveux pour trouver des accords de temps qui seront toujours moins-que-parfait.

 

Votre commentaire