L’hypocrisie du gouvernement français

Ordre des agronomes du QUébec

L’ingérence du gouvernement français dans les discussions d’achat par Couche-Tard du groupe français Carrefour peut facilement être qualifiée d’hypocrisie. Le gouvernement français a manifesté rapidement et fortement son désaccord à un rachat de ce fleuron français par des étrangers. Pourtant ce même gouvernement c’est félicité d’avoir signé avec le Canada l’Accord économique et commercial global (AECG), même chose lors du rachat par Alstom (compagnie française) de bombardier transport. Il semblerait que pour la France, le libre-échange n’est bon que dans un sens, d’ailleurs le gouvernement français vient de renforcer de manière significative le contrôle des Investissements étrangers en France (connu sous l’acronyme I.E.F.). L’hypocrisie dans toute sa splendeur, n’accepte pas chez toi ce que tu fais ailleurs.

Qui est Carrefour? Pour plusieurs générations de français, carrefour a été l’emblème des grandes surfaces, c’est d’ailleurs Carrefour qui ouvrit en 1963 le premier « hypermarché » en France, dans les décennies qui ont suivie, pour plusieurs Français avoir un hypermarché Carrefour proche était synonyme de prospérité. Carrefour est pour les Français ce que Steinberg a été pour les Québécois à une autre époque.  Dès les années 80, carrefour s’internationalise, et aligne les acquisitions à l’étranger, Europe, Amérique du Sud, Asie et Afrique, Carrefour est une multinationale. Ce désir d’internationalisation est fort chez Carrefour, et il s’est réaffirmé à mainte reprise dans ses plans d’affaires.

Le ministre de l’Économie française Bruno Le Maire est intervenu en disant « … que Carrefour se fasse racheter par une entreprise étrangère serait une difficulté majeure pour nous tous. La sécurité alimentaire est au cœur des défis stratégiques de tous les pays développés », et du même souffle affirmé « Ma position, c’est un non courtois, mais clair et définitif ». Le gouvernement français s’est d’ailleurs donné les moyens de bloquer de telle transaction, en décembre 2019 il a renforcé sa loi IEF en abaissant le seuil nécessitant l’accord gouvernemental des investissements étrangers à 25 % du capital (33.3 % précédemment), la liste des secteurs jugés sensibles par le régime des IEF est étendue aux produits agricoles et alimentaires qui contribuent aux objectifs nationaux de sécurité alimentaire. En avril 2020, à cause du Covid, le seuil de 25 % est passé à 10%, temporairement !!!.

Le raisonnement du gouvernement français est difficile à suivre, Carrefour est un des plus gros distributeurs alimentaires dans plusieurs pays notamment au Brésil et en Espagne, dans ces cas Carrefour une entreprise française ne semble pas menacer la sécurité alimentaire de ces pays, mais en France c’est une autre chanson. Sans entrer dans le bien-fondé de cette transaction, il est inquiétant de voir qu’un partenaire de l’accord de libre-échange avec l’Europe a un tel raisonnement, cela présage des échanges à un seul sens, oui aux produits français au Canada, mais pas l’inverse. Quand est-il des échanges avec la France, les fromages français sont-ils arrivés ici, notre porc et notre bœuf sont-ils en France?  À la lumière de cet épisode, les gouvernements du Canada et du Québec doivent poser des questions, s’assurer que le gouvernement français ne se comporte pas en hypocrite, comme il le fait pour les investissements, en mettant des barrières cachées aux produits canadiens, tous en réclamant l’accès à notre marché.

En attendant pour moi, les fromages français c’est un non courtois, mais clair et définitif.

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