Que vaut l’occupation du territoire ?

Ordre des agronomes du QUébec

« Que vaut l’occupation du territoire ?  Comment mieux tenir compte de cette valeur dans les politiques et accords commerciaux qui façonnent notre production laitière et déterminent largement si elle pourra se maintenir en région, elle qui demeure le principal pilier de nombreux villages ? »

Ces questions sont au cœur du dossier spécial  publié par l’Institut Jean-Garon dans le numéro de juin du journal La Vie agricole (lavieagricole.ca).

Regarder  vers demain

En éditorial, les coprésidents de l’Institut, MM. Michel Saint-Pierre et Guy Debailleul constatent le caractère inéluctable de la consolidation des 70 dernières années qui a vu le nombre de nos fermes laitières passer de 134,000 à 30,000 et l’émergence d’un nombre restreint de grands groupes industriels laitiers localisés essentiellement près de Québec et Montréal.  Les dommages sur l’occupation du territoire ont été très réels et si rien n’est fait, l’érosion ne peut que continuer.

En contrepartie,  MM. Saint-Pierre et Debailleul invitent le secteur à regarder vers demain et à miser sur ses forces pour consolider les bassins laitiers régionaux.  La principale de ces forces est sans contredit l’abondance et la qualité des fourrages que produisent plusieurs régions dites périphériques.  Aux côtés de la production de masse d’un lait de commodité basé sur le duo maïs-soya, il convient de développer des laits à base d’herbage dont les qualités gustatives et fromagères sont bien documentées.

L’importance renouvelée accordée au vieux concept de l’autosuffisance alimentaire en ces temps de pandémie constitue de plus une formidable opportunité pour une nouvelle vague de produits laitiers de niche, à l’image des centaines de fromageries artisanales qui ont essaimé au Québec au cours des dernières décennies, estiment MM. Saint-Pierre et Debailleul.

Un système trop lourd

La route vers une plus grande diversification de notre production laitière est toutefois semée d’embûches, à commencer par la lourdeur des règles qui encadrent la production laitière.

Selon M. Luc Boivin, propriétaire de la Fromagerie Boivin, à Saguenay, « dans les prochaines conventions de mise en marché, les décideurs vont devoir aborder différemment l’aspect du développement territorial ».

« Nous avons un système très lourd, il faut se questionner sur son coût, si ça vaut la peine d’avoir un système aussi complexe que çà, si ça sert bien des initiatives », poursuit le fromager.

L’homme d’affaires ne mâche pas ses mots. « Il faut trouver des créneaux et des marchés qui vont assurer un renouveau et notre développement dans les prochaines années. Il faut prendre soin des fermes sur l’ensemble de notre territoire et de la différenciation qui sont apportées par les régions. Ce sera important de supporter les fermes qui ont une spécificité, c’est leur carte de visite. »

Le village et la ferme de mille vaches

Pour sa part, Simon Bégin de l’Institut Jean-Garon qui a cosigné en 2016 un essai sur une crise laitière appréhendée dans la foulée des accords de libre-échange, se demande jusqu’où peut aller la concentration de la production laitière dans de grandes fermes robotisées avant que l’occupation du territoire n’atteigne un point de bascule à partir duquel la vie communautaire serait affectée?

« On connait les conséquences : fermeture de l’école, de l’épicerie, du poste d’essence, départ du mécanicien pour réparer la machinerie et même du guichet automatique.  Et bien sûr : pas d’internet haute-vitesse », rappelle Simon Bégin.

De la même manière que la valeur « environnement » a longtemps été oubliée dans les calculs économiques en agriculture, ne vit-on pas la même chose avec la valeur « occupation du territoire », se demande l’auteur qui en appelle à l’inclusion de clauses qui la reconnaissent et la protègent dans les accords de libre-échange et les conventions de mise en marché.

 

Un dossier à lire dans l’édition de juin du journal La Vie agricole.  Aussi disponible sur institutjeangaron.ca

 

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