Dans une lettre envoyée au quotidien Le Devoir dont La Vie agricole a obtenu copie, l’Institut Jean-Garon écrit concernant la Loi de protection du territoire agricole : «Si elle est respectée, ce que nous souhaitons ardemment malgré l’intention de M. Pelchat de passer outre, elle devrait marquer l’arrêt d’une dérive dangereuse qui risque de transformer le territoire agricole de la couronne nord de Montréal en un Dysneyland agrotouristique. En effet, au-delà du cas très médiatisé de M. Pelchat, les exemples sont nombreux de cette dérive qui pervertit l’activité noble qu’est l’agrotourisme qu’il faut soutenir, élargir même, mais sans jamais lui faire perdre son lien organique avec la terre qui l’héberge.»
Plus loin l’Institut s’offusque : «Et que dire du cas de cette ferme de Mirabel où, sous couvert d’agrotourisme, un producteur agricole a aménagé un neuf trous de golf, un stade pour des rodéos et une super salle de réception. Ailleurs, ce sont des tours de montgolfières qui sont offerts. À quand un méga centre de jeux d’eau entre un vignoble et un verger de pommes?»
Les avis sont toutefois partagés sur les réseaux sociaux
Qu’en pensent M. et Mme tout le monde?
Si Mario Pelchat semble obtenir beaucoup de soutien du monde des affaires et artistique, le débat est lancé sur les réseaux sociaux, notamment sur la page de Marie-Claude Barrette.
Monique Durand y écrit : «Je trouve ça terrible qu’on mette des bâtons dans les roues des artistes qui veulent créer de nouveaux concepts : Quelque chose de positif qui fait du bien»
Viviane Jodoin a posté : «Aucun bon sens de l’empêcher de faire ses spectacles. C’est tellement une bonne idée pour promouvoir les produits du Québec et en même temps poursuivre sa carrière.»
Geneviève Ducasse est radicale : «C’est tellement indécent cette décision».
Fanie Bordeleau met des bémols : «L’histoire c’est que si on dit oui à Mario, on laisse donc la porte ouverte à d’autres aussi. Cela implique qu’on pourrait dire oui, par exemple, à Olivier Primeau pour faire des partys sur une terre agricole puisqu’il fait, lui aussi, des spectacles. Et ainsi de suite. Les terres agricoles sont faites pour cultiver la terre. Je comprends bien tout l’intérêt et le bon qu’emporterait de gagner la pétition.J’aurais aimé que ce soit possible pour lui. Malheureusement si on ne protège pas ce peu de terrain ce sera que le début de l’exagération par la suite par d’autres !»
Et les politiques?
Côté politique l’an passé alors que la même situation prévalait, l’ancienne ministre de la Culture, Christine Saint-Pierre confiait à La Vie agricole : «« Je trouve cela complètement ridicule, d’autant plus qu’il ne s’agit pas de la première année. Il me semble que l’expérience d’un concert au cœur d’un vignoble allie bien la poésie et la production du vin. »
Éric Duhaime écrivait alors sur X: « « Quelle connerie démocratique (…) la gauche québécoise aime réglementer et contrôler nos vies…jusqu’à l’absurde. Que faites-vous messieurs les ministres caquistes de la culture et de l’agriculture?»
«On vit au Québec dans une démocratie, on ne vit pas dans une technocratie. Les non-élus n’ont pas à dicter des lois ou à interpréter des lois de façon abusive. Moi, c’est ce que je trouve qui s’est passé avec Mario Pelchat. C’est complètement abusif», a déploré cette année Éric Duhaime au micro de Sophie Durocher, à QUB Radio, sur les ondes du 99,5 FM à Montréal.
En 2024 le ministre Lamontagne disait que la CPTAQ est «indépendante» et qu’il ne peut rien faire pour venir en aide à Mario Pelchat. Il soulignait toutefois l’importance de l’agrotourisme.
Si le ministre Lamontagne disait l’an passé ne rien pouvoir faire, le parti québécois se disait prêt à modifier la Loi s’il était au pouvoir.
Sur la page de Marie-Claude Barrette, Daniel Langlois écrit : «La mission de la CPTAQ est noble-protéger les terres agricoles- mais elle doit évoluer avec son époque. Si un projet respecte la terre, crée de la valeur et s’enracine dans la région, il devrait être encouragé, pas bloqué. On dit vouloir du tourisme, de l’économie locale, de la culture… mais on empêche ceux qui essaient concrètement de le faire. Pendant ce temps, les régions s’essoufflent, et la machine administrative tourne à vide. Le Québec a besoin de bâtisseurs, pas de barrières.»
Sur la photo: Simon Bégin, porte-parole de l’Institut Jean-Garon, ancien attaché de presse de Jean Garon, ministre à l’origine de la loi de la CPTAQ en 1978