Opinion:Pour ou contre Mario Pelchat

Le Devoir a publié le 6 juin, une opinion de L’Institut Jean-Garon qui prend parti pour la décision de la Commission de Protection du Territoire et des Activités agricoles du Québec (CPTAQ) d’interdire à Mario Pelchat une salle de spectacle dans son vignoble. L’Institut Jean-Garon, qui favorise généralement une approche multifonctionnelle de l’agriculture telle que proposée par le Rapport Pronovost, se prononce cette fois-ci à l’encontre de la réaction spontanée de la plupart des Québécois : « La couronne nord ne doit pas devenir un Disneyland de l’agrotourisme », écrit-il.

La question n’est pas simple. Les débordements sont évidemment à craindre, surtout dans une région urbanisée comme la couronne Nord, où la pression sur les terres agricoles est forte. Mais le danger n’existe pas que d’un côté. La CPTAQ est reconnue pour avoir, pendant des années, fait preuve d’une étroitesse d’esprit et d’une mesquinerie qui ont lourdement contribué à la dévitalisation des campagnes et des milieux ruraux en déclin. La Commission a largement abusé d’une interprétation restrictive des critères 3 et 6 énumérés à l’article 62 de la Loi, pour interdire des activités pertinentes en milieu rural, en surévaluant « les conséquences d’autorisations réclamées sur les activités agricoles » (critère n.3) et sur « l’homogénéité de la communauté et de l’exploitation agricole » (critère n.6). Ce faisant, la Commission a fait le jeu de l’Union des producteurs agricoles (UPA) qui a toujours voulu faire de la zone agricole une sorte de parc industriel strictement réservé aux agriculteurs, surtout les agriculteurs industriels, lesquels n’ont surtout pas intérêt à devoir tenir compte de la communauté à laquelle ils appartiennent.

Mais les agriculteurs et l’agriculture ne sont pas à l’extérieur de la communauté, et ils ne peuvent s’épanouir, quoi qu’ils en pensent, sans l’appartenance à une communauté dynamique et vivante, ou se côtoient aussi bien les événements culturels et sociaux que les marchés publics et les convois des machineries agricoles et de camions de purin. L’agriculture industrielle, malheureusement, désertifie les campagnes. Est-ce sage de vouloir écarter tout signe de vie dans les zones agricoles.

D’ailleurs, des amendements en ce sens – que semblent oublier les auteurs de l’opinion en cause- ont été apportés ces dernières années à l’article 62, qui imposent à la Commission de tenir compte « des effets sur le développement économique de la région » (critère n.7) et « des conditions socio-économiques nécessaires à la viabilité d’une collectivité a faible densité d’occupation» (critère n. 8)

L’Institut Jean-Garon écrit : « Imaginer que ces activités commerciales à grand gabarit n’ont pas d’impact sur le milieu agricole est une vue de l’esprit de citadins déconnectés du milieu rural. La congestion induite sur de petites routes de campagne, le bruit, la pression sur la valeur des terres : tout cela a un effet délétère sur un milieu agricole déjà fragilisé par sa proximité avec la métropole. » Permettez-moi de douter que les spectacles de Mario Pelchat ne provoquent une congestion des routes de campagne et que le son de sa musique ne fasse augmenter le coût des terres.

En couronne comme en campagne, ne vaut-il pas mieux chercher à intégrer les activités agricoles à la vie des communautés plutôt que de chercher à les emprisonner dans un enclos interdit.

Encore faudrait-il, pour cela, produire autre chose dans nos meilleures terres que du maïs et du soya transgéniques pour nourrir les 5 millions de cochons que nous exportons!

 

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