Vente d’Exceldor à Sofina, de gros enjeux en perspective

Grosse transaction dans le monde agroalimentaire québécois, une transaction fort intéressante qui d’une part amène un nouveau joueur majeur dans le domaine des viandes et d’autre part démontre qu’une coopérative agricole peut se vendre dans l’intérêt de tous. Le 5 juin 2025, les membres et détenteurs de parts de placement de la coopérative Exceldor ont approuvé, à hauteur de 96,8?%, la convention d’achat d’actifs signée le 14 mai dernier avec Aliments Sofina.

Le haut niveau d’acceptation démontre l’intérêt qu’a suscité l’offre de la compagnie Ontarienne, Aliment Sofina. Avec cette transaction Aliment Sofina entre par la grande porte dans le marché des viandes et autres produits de protéines primaires au Québec. Cet investissement majeur d’Aliment Sofina sur le marché du Québec amène un joueur de taille dans le monde agroalimentaire Québécois, ce qui risque de bousculer un peu, à moyen et long terme, notre marché, une bonne nouvelle.

Entrée d’une compagnie ontarienne dans un univers contrôlé par Olymel

La société Ontarienne Aliment Sofina a un chiffre d’affaires de plus de 6.5 milliards de dollars, comparativement à 1.4 milliard pour Exceldor et de 4.5 milliards pour le géant de l’agroalimentaire québécois Olymel.

Présente aussi en Europe où elle est un important transformateur de porc et de distribution de produit de la mer en Grande-Bretagne. Aliment Sofina distribue des produits de porcs, de bœuf, de poisson, de dinde et de poulet. Il va être intéressant de suivre le développement d’affaires de ce joueur dans l’environnement Québécois, éventuellement dans le porc, un secteur dominé par Olymel.

À court terme, il n’y aura pas de gros changement, ce nouveau joueur va « digérer » son acquisition d’Exceldor et apprendre à évoluer sur le marché du Québec, mais à moyen terme l’on peut s’attendre à plus d’action.

Cette vente remet en question ce côté un peu immuable, dans notre imaginaire, des coopératives : ‘’Une coopérative doit rester une coopérative c’est un bien que l’on ne pas vendre’’.

Quand une coopérative ne sert plus les intérêts de ses membres!

La vente d’Exceldor démontre le contraire, les membres en ont décidé autrement, et tant mieux, il nous rappelle par le fait même qu’une coopérative est un outil qu’un groupe de personnes (les membres) se donne pour faire des affaires ou se doter de services, mais il peut arriver que pour les membres, la coopérative ne sert plus leurs intérêts ou que la valeur même de la coopérative dépasse largement l’intérêt de la garder.

Il faut rappeler qu’une coopérative a des obligations légales et morales vis à vis ses membres, et que ces obligations favorables dans certaines situations, notamment lors de la création de la coopérative, peuvent devenir, dans un contexte d’affaires changeant, une contrainte aux objectifs des membres.

À plusieurs occasions on a l’impression que sous le couvert de l’immuabilité, nos coopératives sont plus souvent à leur propre service, qu’au service des membres, empêchant des réflexions comme il y a eu chez Exceldor.

Exceldor est une coopérative de l’agroalimentaire, assez importante et dynamique. Au cours des dernières années elle a fait plusieurs acquisitions, en 2019 les viandes Lacroix de Saint-Hyacinthe et a fusionné avec la coopérative Granny’s, implantée au Manitoba et en Saskatchewan et récemment en 2023 elle complétait l’achat de Volaille Giannone.

Son chiffre d’affaires a augmenté considérablement au cours des dernières années, notamment de 19% en 2023. Les principaux compétiteurs d’Exceldor dans son marché sont Olymel, Aliment Maple Leaf, Aliment Sofina et Maple Lodge Farm.

Comme ses compétiteurs, Exceldor était confrontée à plusieurs défis, comme la main-d’œuvre, l’augmentation des coûts de transformation et de transport et une consolidation de plus en plus dispendieuse dans un secteur à faible croissance.

Des producteurs protégés pas le plan conjoint et la gestion de l’offre

Il est à noter que pour les producteurs agricoles membres, l’écoulement de leur produit de volaille est garanti par le plan conjoint et le système de gestion de l’offre. Ils continueront à envoyer aux mêmes conditions leur produit à la nouvelle entité.

Cette transaction semble fort intéressante pour les 350 membres d’Exceldor, mais aussi par l’arrivée au Québec d’un des grands industriels canadiens de la viande, ce qui pourrait stimuler certaines filières. Un dossier à suivre.

 

 

 

 

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