L’ambiguïté du Canada:Guy Debailleul, coprésident de l’Institut Jean-Garon entendu à l’international

Dans le cadre d’une rencontre organisée par l’association MARS qui réunit des citoyens et des militants qui souhaitent s’enrichir et débattre sur les politiques agricoles, alimentaires, rurales et territoriales, Guy Debailleul coprésident de l’Institut Jean-Garon et ancien vice-doyen de la Faculté d’Agriculture de l’Université Laval a présenté le 17 juin dernier sa vision de l’agriculture en Amérique du Nord sur le thème : L’agriculture nord-américaine dans la tourmente.

Le coprésident de l’Institut Jean-Garon a rappelé les sorties récentes du président Trump qui a déclaré que les États-Unis n’ont pas besoin de « ce qu’ils ont au Canada», « la frontière canado-américaine est une ligne tirée artificiellement, une ligne imaginaire» ou « le Canada deviendra notre 51e état chéri». Il a ainsi posé les bases de ce que l’on peut attendre d’une négociation avec les voisins au sud de la frontière canadienne ces temps-ci.

Guy Debailleul dans son exposé a rappelé que l’Union européenne c’est 450 millions d’habitants alors que l’ACEUM qui réunit les États-Unis, le Canada et le Mexique c’est 511 millions de personnes, mais tout en spécifiant que les canadiens ne sont que 40 millions de ce grand ensemble quand les Américains sont  340 millions soit 67 % de la population nord-américaine.

Pour bien comprendre la dynamique en Amérique du Nord il faut savoir que l’écoumène agricole canadien est une extension de l’écoumène agricole américain a précisé Guy Debailleul. La présentation de l’ancien vice-doyen a permis de présenter un portrait de la répartition de l’agriculture au Canada et de comprendre que 46 % des fermes canadiennes se trouvent dans les prairies ( Alberta, Saskatchewan et Manitoba) avec 83 % des terres en culture, alors qu’au Québec et en Ontario on retrouve 41 % des fermes canadiennes  et seulement 15 % des terres en culture.

Le Canada et ses ambiguïtés

Guy Debailleul a rappelé que le Canada a été très actif dans le groupe Cairns* qui vise à  favoriser les exportations agricoles ( notamment en ce qui a trait aux céréales et viandes), mais cherche à protéger ses marchés intérieurs en ce qui est en lien avec le lait et les œufs par le système de gestion de l’offre.

Il a ensuite exposé que la réalité c’est que dans le développement de l’ALENA, la polarisation du commerce agroalimentaire en Amérique du Nord s’est concentrée dans un axe Canada / États-Unis.  Les voisins du sud du Canada représentent d’ailleurs 63 % des exportations canadiennes alors que le Mexique ne représente que 2 % des exportations canadiennes.

«L’ALENA pourtant symbole de libre marché a engendrait une intégration des chaînes de production», a souligné Debailleul.

Quand on sait que l’ACEUM (ex-ALENA) sera renégocié au plus tard en été 2026, on peut estimer que les pressions sur le Canada sont nombreuses dit Debailleul que ce soit via les tarifs imposés, la gestion de l’offre ou les ressources en eau détenues par le pays de l’unifolié.

Guy Debailleul qui a été présenté par l’association Mars comme un expert de l’économie interreliée avec les États-Unis a clairement expliqué que la démondialisation est difficile à détricoter tant depuis 1994 l’Alena a été un processus de polarisation vers les États-Unis pour renforcer des tendances naturelles d’intégration des chaînes de production. Guy Debailleul a toutefois souligné que si dans la renégociation à venir en 2026 devait survenir la fin de la gestion de l’offre, ce serait la fin de la production laitière au Canada d’ici dix ans.

Autant le Canada semble défenseur du libre marché à l’international ( hormis pour la gestion de l’offre du lait, des œufs et de la volaille), il semble que le pays ne se soit pas appliqué les mêmes règles intérieures. Guy Debailleul a expliqué dans sa démonstration que si on traduit les obstacles qui existent entre les différentes provinces au Canada en droits de douane on parlerait de tarifs de 8 à 17 %, tout de même!

«Ces obstacles se traduisent parfois par un manque de mobilité des travailleurs ou une restriction sur le plan linguistique», a-t-il expliqué.

Pour Debailleul, Mark Carney, nouveau premier ministre du Canada vise à renforcer des corridors entre provinces notamment sur le plan énergétique dans les prochains mois.

 

*Le groupe Cairns est un groupe de pays exportateurs de produits agricoles qui se sont mobilisés en faveur de la libéralisation des échanges dans ce secteur

 

Qu’est-ce que MARS?

Cette association Loi 1901 a été créée dans les années 80, dans un temps de changements politiques en France et de réflexion sur le développement de l’agriculture. Mais aujourd’hui encore, elle reste face à des interrogations fondamentales qui s’accumulent.

  • Le changement climatique, la perte de la biodiversité, les limites de la planète Terre,
  • La croissance de la population dont une part ne peut pas encore se nourrir correctement, avec des inégalités croissantes au sein des pays et entre pays
  • La concentration et la financiarisation à l’échelle mondiale des grandes firmes de l’agrofourniture, du commerce transnational et de l’alimentaire
  • La diminution du nombre des exploitants et des actifs agricoles et les interrogations permanentes sur les capacités de résistance du modèle d’agriculture familiale,
  • Des pratiques interrogées au nom de la santé humaine, de la conservation des paysages et du respect des animaux, du retour aux équilibres biologiques,
  • Des choix de politiques publiques qui, malgré ces évidences, sont encore largement inspirés par des logiques anciennes…

MARS a pour but de faire profiter ses membres d’études et d’analyses menées dans différentes enceintes, en particulier celles qui ont moins facilement accès aux canaux officiels, et de les partager par des discussions. Le partage d’informations peut se traduire par des coopérations suivies avec d’autres organisations, associations, syndicats, divers réseaux et groupes de réflexion

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