En un bel après-midi de juin, j’ai décidé de rejoindre le porte-parole de L’Institut Jean-Garon, Simon Bégin, dans la vallée d’Oka pour, dans un premier temps, me faire ma propre idée de l’affaire Pelchat. Je n’ai pas à première vue la même rigueur administrative que l’Institut Jean-Garon sur la question. Ma journée a été fort intéressante, heureuse et fructueuse!
Mon premier arrêt s’est fait au restaurant Frites et Cie. La salle pleine m’a amené à manger (pas très terroir j’en conviens) une excellente poutine au comptoir. De là s’est enclenchée une rencontre naturelle et fort intéressante (d’où mon titre «Brèves de comptoir») comme dans ces bistrots parisiens où l’on jase de tout et de rien avec son voisin en mangeant et en refaisant le monde. C’est ce qu’on a fait avec mon comparse au bar, dans un premier temps sans se connaître.
On a jasé de Mario Pelchat, il m’a confié « Ils en font un exemple alors que tout le monde fait ça ici, mais plus discrètement. Au Jardin d’Emmanuel, ils ont reçu Mario Jean et 40 000 personnes dans l’été dernier. Mario Pelchat, ils veulent en faire un exemple, mais son problème à Mario c’est qu’il fait trop de publicité. Ici tout le monde fait ce qu’il fait, mais sans en parler».
Pour être allé ensuite sur le site Au Jardin d’Emmanuel, disons que pour atteindre 40 000 personnes, si cela est avéré, il y a dû y avoir pas mal de soirées. Mais oui Mario Jean y est allé, et même Michel Pagliaro y a donné un concert l’an dernier selon d’autres sources au point où des voisins se seraient plaints du bruit.
Exceldor, une bonne affaire pour les producteurs et Olymel maintenant coincé dans «dans une boîte»
Revenons à notre ami de comptoir : « Je suis producteur de poulets et de dindes, avec la vente d’Exceldor, on ne pouvait pas refuser une telle somme. 990 millions de dollars dont 300 millions reviennent aux producteurs après le paiement des dettes, c’est bon pour réinvestir dans l’agriculture et aujourd’hui de toute façon le fonctionnement des coopératives c’est trop lent en comparaison des entreprises, il faut réagir vite avec les marchés. De toute façon l’acheteur Sofina aurait acheté autre chose si ce n’était pas Exceldor».
Sur l’impact pour Olymel avec l’arrivée au Québec de la multinationale Sofina, il me confiera : « Quant à Olymel il est ‘’en boîte’’ maintenant, il ne pourra plus se développer».
L’UPA en mode cotisation auprès des fédérations pour ses travaux de Longueuil : bisbilles en vue?
Informé que j’étais journaliste ma source ne s’est pas tarie : « L’UPA va réussir son coup. Tu sais que tous les 5 ans, la fin de l’accréditation unique peut être demandée par une autre organisation type Union paysanne, ça dure environ un mois et là ça a commencé le 15 juin ( regardant sa montre), il n’en reste pas long. Mais tu sais L’UPA aujourd’hui c’est dépassé et ils ont d’autres difficultés par ailleurs. Il y a de gros travaux à faire sur la tour de Longueuil, ils n’ont pas les fonds et ils veulent cotiser auprès des fédérations pour la centrale, mais pourquoi faire 3 heures de trafic pour se rendre à la tour quand les producteurs d’œufs et de poulet pourraient être à Saint-Hyacinthe et les producteurs de lait pourraient être dans une autre région». Ça commence à grenouiller à l’UPA selon ma source de comptoir.
L’intérêt de toute cette conversation c’est qu’elle vient de l’intérieur puisqu’il s’agit d’une personne longtemps en autorité au sein du syndicat de l’UPA des Deux-Montagnes.
Un circuit agrotouristique envoûtant
Revenons à ma balade dans la très belle vallée d’Oka. J’y ai rencontré des gens très sympathiques, dont un autre ancien du cabinet de Jean Garon, une ex-journaliste collaboratrice de La Vie agricole. D’emblée, disons qu’ils ne sont pas les plus friands des actions de Mario Pelchat.
Pour ma part j’ai décidé de faire une tournée des lieux. Connaisseur de l’Estrie, j’ai retrouvé là des similitudes dans les paysages vallonnés, les routes sinueuses, les chevaux et la propreté des lieux.
Que ce soit au Vignoble La Cantina ou au Vignoble Rivière du chêne, on est impressionné par l’étendue des vignes, les chais imposants et la zénitude des lieux de dégustation. Ian St-Pierre Brinkmann, chef et conjoint de Marie-Mai en est le chef cuisinier, Daniel Lalande le propriétaire.
Il se jase dans le coin que peut-être Marie-Mai poussera elle aussi la chansonnette un jour dans un de ces lieux de prestige. En tout cas elle ne chantait pas cet après-midi-là lors de mon passage au Vignoble Rivière du chêne. Mes hôtes m’ont dit « As-tu vu Marie-Mai à côté de toi tantôt?», eh bien non! J’ai donc zappé Marie-Mai!
En attente d’un rodéo autorisé
Je suis aussi passé chez les Ladouceur pris dans une contestation l’an passé avec la CPTAQ ( Commission pour la protection du territoire agricole du Québec) pour un golf et pour un rodéo hors des normes ( rodéo qui avait attiré 15 000 personnes tout de même). Le lieu est immense et accueille avant tout une microbrasserie l’Entêté. Et force est de constater que cela met de l’avant un produit issu du terroir avec la bière mais le restaurant devra être déplacé hors zone verte semble-t-il. On peut se demander si ce n’est pas une exagération de la Commission quand on voit que des érablières immenses ont des droits acquis pas très loin de là?
Pour les problématiques à la CPTAQ en lien avec le rodéo, un brasseur avec qui on a jasé en arrière-cour, nous a dit que le ring du rodéo était démonté, le golf non fonctionnel et que les démarches pour le retour de telles activités sont en cours mais dans l’attente d’une autorisation officielle de la CPTAQ. Tout se déroulerait donc dans le futur dans les règles de l’art à L’entêté! La famille Ladouceur viserait le commerce de chevaux sauvages et de reining pour déclarer une activité agricole et justifier le retour du rodéo!
Et chez Mario ?
Premier point : son vin blanc «L’épouse» est bon! Le lieu est prestigieux, on longe une grande allée bordée de vignes. On croirait rentrer dans un hôtel de luxe de la Côte d’Azur. Au bout de l’allée après le stationnement, se présente une terrasse extérieure tout en pierres, une boutique qui vend les marionnettes réalisées par sa conjointe avec les vêtements de scène de Mario Pelchat, un bar et une grande salle avec une estrade, style salle des fêtes.
On n’est quand même pas dans une salle de spectacle avec des sièges de théâtre comme ce que je croyais en lisant ici et là les commentaires sur les réseaux sociaux. Ma première réaction est donc de me dire, pas si grave que cela!
Toutefois, des questions demeurent. L’agrotourisme selon les règles doit avoir des lieux de dégustation de 50 personnes maximum. Mario Pelchat a obtenu de la CPTAQ une autorisation pour 100 personnes, mais la salle construite peut en recevoir au moins 200.
J’ai beaucoup entendu parler dans mes échanges sur place de l’impact sur les routes sinueuses si les projets prennent ainsi de l’ampleur. La problématique de la circulation dense deviendrait alors une récurrence pour le voisinage puisqu’il ne s’agit pas de fêtes ponctuelles mais de programmation sur des mois.
On est là en plein dans le débat du développement des régions par des activités tout en préservant l’esprit agricole du milieu. La zone est donc floue par nature! Entre la zone blanche et la zone verte, il y a parfois une zone grise dans l’interprétation des uns et des autres!
Concernant les vignes au Domaine Pelchat-Lemaître-Auger, si le sommelier expliquait à l’assistance présente avant le spectacle de Christian-Marc Gendron et Manon Seguin qu’il se produit environ 60 000 bouteilles par an sur 15 hectares, il doit donc y avoir d’autres plantations que celles que nous avons vues dans l’allée de vignes dans l’entrée sinon mathématiquement on pourrait s’interroger.
On note aussi une différence entre les deux autres vignobles visités et celui de Mario Pelchat, c’est qu’il n’y a pas de chai sur place au domaine Pelchat-Lemaître-Auger et dans un vignoble, où que tu sois dans le monde, lorsque tu veux comprendre la vinification ça prend des installations en conséquence du coup la pédagogie sur le monde du vin semble plus concrète aux vignobles Rivière du Chêne et chez Cantina où il y a même un laboratoire de recherche (le CRAM, centre de recherche de Mirabel) sur la vinification installé en collaboration avec le MAPAQ.
L’affaire Pelchat n’est peut-être qu’une tempête dans un verre d’eau ou de ‘’pinard’’ au regard des débordements environnementaux de plusieurs autres industries en région et en milieu agricole.
Masi chose certaine nous sommes face à une administration pointilleuse, titilleuse diront certains, et «face à une personnalité publique trop encline à publiciser ses excès pour défier la loi» résume mon complice de comptoir.