La Vie agricole a couvert le débat autour de l’agrotourisme depuis plusieurs mois. Les positions de plusieurs, que ce soit l’Institut Jean-Garon, la députée caquiste Sophie D’Amours, l’UPA, Voix citoyenne et autres mettent en lumière l’aspect qu’ils jugent « hors la Loi» du domaine Pelchat-Lemaître-Auger. Mario Pelchat a répondu longuement sur notre page Facebook à la dernière Opinion publiée sur le sujet. En publiant sur notre site son commentaire, nous lui donnons ainsi toute la lumière afin qu’il se défende équitablement.
Depuis bientôt deux ans, ma conjointe et moi faisons face à un véritable déferlement d’hostilité, de jugements et de décisions administratives qui dépassent l’entendement. Ce harcèlement, alimenté par des perceptions erronées et relayé dans certaines tribunes médiatiques, nuit profondément à notre santé, à notre entreprise, à nos employés, et au tissu économique de notre région.
Nous ne nous attendions pas à recevoir un traitement de faveur. Mais nous espérions, à tout le moins, un traitement équitable.
En tant que propriétaire d’un vignoble de 60 000 vignes, je suis d’abord et avant tout un agriculteur. Mon attachement à la terre ne date pas d’hier : je viens du Lac-Saint-Jean, de familles de cultivateurs. Mon parcours artistique ne me place au-dessus de personne. Il ne m’enlève pas non plus le droit de rêver, d’investir, de cultiver, et de bâtir quelque chose de beau dans ma région d’adoption.
L’agriculture, le vin et la culture : une alliance naturelle
Depuis nos débuts, nos événements culturels avaient pour seul but de faire découvrir notre vignoble, notre terroir, et nos produits. La salle mentionnée dans l’article n’est pas une salle de spectacle commerciale, mais un lieu de dégustation, d’accueil et de rencontre avec les artisans du vin. Tous les revenus générés par les spectacles ont servi à rémunérer les musiciens, techniciens, employés agricoles, sommeliers, et à offrir une expérience complète à nos visiteurs. Les profits réels proviennent uniquement des ventes de vin – produit, rappelons-le, issu des raisins que nous cultivons ici, sur place ET QUE NOUS TRANSFORMONS!
On nous reproche aujourd’hui de ne pas avoir de chai. Ce n’est pas vrai. Nous avons bel et bien un chai et fabriquons nos produits sur place. Un nouveau chai, plus grand celui-là est en cours de réalisation et sera opérationnel en 2027 et ce dans le respect des exigences techniques et légales, et nous avons fait les démarches nécessaires pour le faire reconnaître. Mais encore faut-il que la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) traite ces demandes dans des délais raisonnables, et avec la rigueur qu’impose leur mission.
Une attente sans fin, puis un refus éclair
En juillet 2024, nous avons entrepris une nouvelle démarche officielle auprès de la CPTAQ pour obtenir l’autorisation de reprendre certaines activités agrotouristiques. Suite à cette demande et à une orientation préliminaire négative, nous avons demandé une audience qui nous a été accordée le 18 février 2025. Le délai promis pour une réponse: 10 à 30 jours.
Après 47 jours ouvrables sans réponse, nous avons dû prendre une décision pour sauver notre saison : nous avons remis en vente nos événements. Ironie du sort, la réponse — un refus — est tombée 24 heures plus tard.
Ce traitement laisse une impression d’acharnement ciblé. D’autant plus que de nombreux producteurs québécois organisent en toute impunité des activités similaires — spectacles, mariages, brunchs musicaux, dégustations festives — dans des cabanes à sucre, vergers et vignobles. Pourquoi serions-nous les seuls à devoir cesser nos efforts de valorisation agricole ?
Nous dénonçons aujourd’hui :
- Le traitement inéquitable que nous subissons ;
- Le discours stigmatisant qui oppose culture et agriculture, comme s’ils étaient incompatibles ;
- Les attaques personnelles à notre encontre, basées sur des impressions, des amalgames ou des propos non fondés.
Nous sommes ouverts à collaborer avec la CPTAQ, à ajuster nos projets, à respecter les balises de la LPTAA. Mais cette collaboration doit se faire dans le respect mutuel. Les lois agricoles doivent protéger le territoire – nous y adhérons pleinement. Mais elles doivent aussi reconnaître la réalité économique de ceux qui vivent de la terre aujourd’hui.
Cette situation dépasse notre cas personnel. Elle soulève une question cruciale : voulons-nous encourager des fermes diversifiées, dynamiques, ouvertes sur leur communauté, ou les enfermer dans un modèle figé, déconnecté des réalités modernes ?
L’agriculture du XXIe siècle a besoin d’innovation, d’ouverture et de culture – au sens large du terme. Refuser ces ponts entre le monde agricole et la population, c’est isoler ceux qui nourrissent le Québec.
Nous continuerons, avec courage et transparence, à défendre notre projet. Non par orgueil, mais par amour pour cette terre, pour ce que nous bâtissons, et pour toutes celles et ceux qui croient encore à un avenir rural vivant, équilibré, et inspirant.
Mario Pelchat
Claire Lemaitre-Auger
Vignerons, producteurs et artisans de terroir
Saint-Joseph-du-Lac