Nos dossiers sur les nouvelles règles en lien avec la cotisation de l’UPA font jaser dans les champs. Après Les Céréaliers et quelques administrateurs régionaux de l’UPA qui s’interrogent sur les intentions futures du syndicat, nous avons demandé l’avis même de l’UPA auprès de son directeur général, Charles-Félix Ross. À la lecture de sa réponse, un maraîcher en conflit de longue date avec l’UPA, Claude Fortin, nous a contactés.
Claude Fortin, «le maraîcher d’en haut», a été poursuivi dans le passé et a perdu sa cause lors d’un premier jugement «parce qu’il ne s’était pas défendu» hormis dans les médias. Poursuivi à nouveau cette année pour le non-paiement de ses dernières cotisations annuelles, il compte bien cette fois-ci se défendre lors du procès qui se tiendra à l’automne à Rimouski.
Au téléphone, il nous a dit qu’une première rencontre de gestion pour un arrangement à l’amiable a déjà eu lieu avec l’avocat de l’UPA devant une juge, mais Claude Fortin est radical, cette fois-ci il se défendra «jusqu’au bout par principe».
Pour lui demander 500 $ et quelques dollars à des producteurs qui ne font que 50 000 $ de chiffre d’affaires c’est abusif si on compare cela à un salarié d’un syndicat qui a un salaire de 50 000$ car à ses yeux «le profit en bout de ligne n’est pas le même».
Sur la réaction des Céréaliers du Québec qui se plaignent que leur cotisation puisse se prendre sur leur revenu brut, il trouve cela tout aussi abusif : « C’est comme punir les plus performants, c’est pas normal», nous dit-il.
Il nous a aussi écrit : «J’ai lu avec intérêt l’intervention des céréaliers et la réplique de Charles-Félix Ross. (…) l’UPA m’avait fait une première poursuite il y a deux ans, pour laquelle ils sont allés chercher un jugement (parce ce que je n’avais pas contesté, ne sachant pas la procédure). Et voici, j’ai une nouvelle poursuite pour 1,500 $ de cotisation impayée, mais cette fois j’ai contesté, et le procès doit avoir lieu quelque part à l’automne. Et je me défendrai, sans avocat, donc j’élabore mes arguments, entre récoltes, désherbages, vente au kiosque, et message Facebook du maraîcher d’en haut (certains mentionnant l’UPA). À l’avocat de l’UPA qui me pressait l’citron pour que je complète le formulaire des documents, expertises et témoins que je soumettrai à la juge pour ma défense, je lui ai dit de prendre ses vacances parce que moi je suis dans le gros jus de maraîcher de proximité.»
Il nous a fait part de quelques pistes qu’il développe pour sa défense, au sujet des cotisations UPA:
- «Les cotisants de l’UPA sont les plus cotisés de tous les travailleurs syndiqués au Québec. Prenant en considération, qu’un travailleur syndiqué paie en moyenne entre 1% et 1,5% de son salaire brut en cotisation, soit environ 500 $ par année pour un salaire brut de 40,000$ à 50,000$, les 50 % des agriculteurs ayant des revenus de vente de moins de 100 milles $/ par année, avec une marge de bénéfice de 20 %, donc un revenu brut de 20,000 $, sont surcotisés, au double des travailleurs syndiqués au Québec. Quant au 30% des agriculteurs qui ont des revenus de ventes de moins de 50,000 $ / an, on peut considérer qu’ils sont carrément abusés par l’UPA.»
- «Le coût per capita de l’UPA est le plus élevé de tous les syndicats du Québec. Avec un budget de 40 millions pour 42,000 producteurs agricoles cotisants, l’UPA coûte 952$ par personne. En comparaison, le syndicat SCFQ, dont font partie les employés de l’UPA, a un coût per capita de 365 $ /par personne. La CSN a un coût per capita de 700 $, la CSQ, de 684 $ /par personne. »
- «Lorsque le dg de l’UPA mentionne que l’UPA offre beaucoup de services aux syndiqués, c’est de la poudre aux yeux. Les agriculteurs qui reçoivent le plus de services, sont ceux qui sont sous gestion de l’offre (moins de 40 %), et dans un degré moindre, ceux inclus dans un plan conjoint; les autres n’ont pratiquement aucun service, tout simplement parce qu’ils n’apportent aucune contribution à l’UPA, si ce n’est leurs sur-cotisations. L’UPA ne dessert pas ses syndiqués pas payants.»
«Cotisations, prélèvements et subventions douteuses!»
Il ajoute : «Non seulement l’UPA est le syndicat le plus dispendieux du Québec, financé par les travailleurs parmi les plus pauvres du QC, mais c’est aussi le syndicat le plus puissant, à cause de son monopole, et à cause de toutes les autres ’’contributions’’ qu’il prélèvent aux producteurs, aux syndicats affiliés, aux coopératives agricoles, et même au gouvernement, par des subventions douteuses, sinon obscures».
«Où est l’équité ? » dit Claude Fortin
«Je me suis tapé ce printemps le journal des débats sur la révision de la loi de 1972, révision qu’avait demandée l’UPA au gouvernement pour modifier le taux de cotisation, pour le rendre plus ‘’équitabl’’. Non seulement, c’est triste à lire, mais on se demande pourquoi cette révision était nécessaire, alors que les autres syndicats affiliés avaient des taux de cotisations proportionnels et équitables. Cette histoire de révisions du taux de cotisation de l’UPA a encore beaucoup de sables dans l’engrenage, mais le pourcentage d’agriculteurs qui sont abusés et surcotisés par ce syndicat est un cas déjà très sérieux.», conclut-il.