Radio-Canada a rapporté ces dernières semaines l’anxiété des propriétaires d’écuries suite à la perte annoncée de soins vétérinaires faute de personnel et de coûts d’opération trop élevés. Tout est parti de la clinique vétérinaire Figue & Pepper au Nouveau-Brunswick, qui a annoncé à ses clients qu’elle cessera d’offrir à compter de septembre les services vétérinaires ambulatoires en milieu agricole. Qu’en est-il des soins vétérinaires pour les chevaux au Québec? On en parle avec des propriétaires, Québec Équestre et Cheval Québec.
Radio-Canada explique qu’il y a bien six unités régionales de services vétérinaires au Nouveau-Brunswick. « La plus près de la Péninsule acadienne est à Bathurst, mais elle a une longue liste d’attente », écrit le média. La télémédecine semble le moyen privilégié à court terme pour les clients et des projets de clinique mobile sont en préparation. Que ce soit pour des problèmes dentaires ou des coliques, les chevaux demandent des soins qui nécessitent la présence de vétérinaire et cette situation inquiète au-delà du Nouveau-Brunswick. Quelle est la situation au Québec ?
La Vie agricole a échangé avec Guylaine Coutu de Québec Équestre, une fédération qui regroupe des services au Québec pour les propriétaires de chevaux : «Je sais qu’il y a eu du travail de fait au Québec au cours des dernières années pour augmenter le nombre de diplômés avec l’ouverture du nouveau programme en médecine vétérinaire au campus de Rimouski. Il y a aussi du travail qui se fait pour permettre à des techniciens en santé animale de pratiquer certains soins sur les chevaux pour désengorger les vétérinaires. Par contre, je pense qu’une partie du problème réside dans le fait que l’OMVQ (Ordre des médecins vétérinaires du Québec) accepte de reconnaître très peu de spécialités au niveau du milieu équin et que pour travailler légalement au Québec tous doivent passer par les études vétérinaires complètes avant de pouvoir se spécialiser dans un domaine en particulier», nous dit Guylaine Coutu.
Selon Guylaine Coutu le chemin de spécialisation est long : «Il faut donc réussir à accéder au programme qui est extrêmement contingenté, faire 5 ans d’études universitaires, puis faire une spécialité par la suite. Bref, c’est très complexe et ce n’est accessible qu’à une minorité ».
Simplifier l’accès ?
« S’il y avait des programmes spécialisés uniquement en dentisterie ou en ostéopathie, par exemple, qui étaient reconnus, cela pourrait encore une fois alléger le travail des vétérinaires et ouvrir le marché à de nouveaux professionnels. Sans compter qu’il pourrait y avoir des reconnaissances de compétences de certains spécialistes qui sont déjà au Québec», nous a écrit Guylaine Coutu qui ose croire que des solutions pragmatiques peuvent être implantées dans notre province.
À vouloir bien faire quelques fois, les choses s’empirent. Les Québécois le vivent pour eux-mêmes dans le réseau de la santé et il semble que la réglementation ‘’à tout va’’ nuise aussi dans le monde animal selon Mme Coutu.
Quand la vaccination vire à l’excès!
La responsable de Québec-Équestre s’inquiète aussi des nouvelles règles de vaccination qui se sont amplifiées depuis la Covid et qui limitent les capacités des propriétaires de chevaux à accéder à des soins vétérinaires : « C’est comme pour la vaccination et les tests de ‘’Coggins*’’ qui sont exigés pour sortir en compétition. Historiquement, ça devait être fait annuellement. Depuis la Covid et la folie sur la vaccination, les règles ont changé et c’est maintenant demandé d’être fait tous les 6 mois dans la plupart des cas. Compte tenu du fait que la saison de compétition au Québec se passe généralement de mai à septembre et que tous essaient d’éviter de faire revenir leur vétérinaire en cours de saison pour limiter les frais, ça crée une surcharge de travail en mars-avril. Et les vétérinaires ne suffisent plus à la demande ».
Elle ajoute : « Théoriquement c’est bien beau, et oui dans l’idéal la vaccination aux 6 mois ce serait mieux, mais concrètement, ça devient parfois impossible à réaliser sur le terrain dans certains cas. »
Si le Québec a accès à des services de qualité sur le plan médical pour ses chevaux, il semble aussi, comme pour l’homme, que le système parfois s’enraye en raison de réglementations excessives au regard du potentiel réel.
Que disent les propriétaires de chevaux?
De son côté, pour Nathalie Beaulieu, propriétaire de chevaux à Saint-Jerôme, quand nous lui demandons si la situation est aussi inquiétante au Québec qu’au Nouveau-Brunswick, en termes d’accès à des vétérinaires, elle nous répond: «Nous avons la même problématique au Québec. Peu de vétérinaires pour les chevaux et un vaste territoire. À l’école vétérinaire de Ste Hyacinthe (UDM) très peu d’élèves veulent aller dans les chevaux en terminant ».
Et que dit de cela la fédération équine, Cheval Québec
Nous avons rejoint Renée Lévesque, directrice au développement. Si elle reconnait la difficulté d’accès à des soins vétérinaires aussi au Québec, elle n’a pas le même constat que Québec Équestre. Pour elle, son organisme qui est la poulie de transmission entre tous les acteurs du monde équin, la collaboration avec l’OMVQ est au beau fixe, l’Ordre des médecins vétérinaires collaborerait même à opter pour la délégation d’actes vétérinaires à des technicien en santé animale. Elle ne croit pas non plus que la vaccination soit excessive : « On a appris de la Covid sur les maladies et les vaccins sont nécessaires en cas de rassemblement. Le monde est différent d’il y a 30 ans» dit-elle.
Elle rappelle que Cheval Québec a monté un groupe de travail qui se réunit une fois par an. Le constat est qu’il y a parfois peu d’étudiants qui visent le monde équin en raison d’une réputation difficile de celui-ci de « mauvais payeurs» entre autres choses.
Il semblerait aussi que l’amour des propriétaires de chevaux pour leurs animaux puissent les amener parfois à des réactions un peu agressives envers les vétérinaires, profession qui aux dires de Mme Lévesque a un très haut taux de burn-out et de suicides.
Au fil des années la synergie semble vouloir se mettre en place et Cheval Québec est confiant. La fédération a travaillé au cours des dernières années pour que le rapport annuel du MAPAQ sur les vétérinaires et les grands animaux à la ferme qui excluait les chevaux les considère aujourd’hui.
Pour Cheval Québec, il faut tenir compte que le monde a changé depuis la Covid et l’implantation du télétravail qui a influencé beaucoup de monde à avoir des chevaux chez eux puisqu’ils sont plus présents à leur domicile et cela engendre une pression sur les besoins globaux en soins vétérinaires.
Mme Lévesque a tenu aussi à souligner que la problématique en lien à l’accès aux vétérinaires est une réalité mondiale vécue aussi ailleurs au Canada, aux États-Unis ou en Europe.
*Anémie infectieuse des équidés
Voir aussi l’autre texte et les répondes de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec ( OMVQ )