L’auteur commente la politique bioalimentaire 2025-2035, « Nourrir nos ambitions », annoncée par le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.
Pierre Petelle
Même si la politique bioalimentaire 2025-2035 annoncée par le ministre André Lamontagne fait une plus grande place aux agriculteurs dans le document-phare du secteur bioalimentaire québécois, elle met également en lumière les défis existentiels auxquelles sont confrontés plusieurs fermes.[1] « Si nos entreprises ne sont pas viables à moyen et long terme, on s’en va dans un mur », s’inquiète Charles-Félix Ross, directeur général de l’UPA.[2]
Il faut se rappeler que les orientations du MAPAQ dans les dernières années ont ajouté une pression énorme sur les agriculteurs en leur faisant porter le fardeau de « mieux répondre aux attentes des consommateurs »[3], ce qui a servi de justification pour toutes sortes de nouvelles règles, de paperasse et de dépenses supplémentaires à la ferme dans un contexte d’inflation galopante et d’incertitude sur les marchés internationaux.
Ajoutez à cela des événements météorologiques (de moins en moins) exceptionnels qui s’abattent sur le Québec depuis quelques années[4] et on comprend aisément pourquoi les producteurs d’ici ont sorti les tracteurs en 2024 pour faire entendre leurs revendications au gouvernement. Or, les timides mesures d’allégement réglementaire annoncées à l’époque pour calmer la fronde ne seront pas suffisantes pour régler les problèmes de fond de l’agriculture québécoise.
En 2018, le mot « productivité » apparaissait seulement trois fois dans la politique bioalimentaire, et une seule dans un contexte d’agriculture. Ce désintérêt explique peut-être pourquoi le Québec accuse un retard sur le reste du Canada dans ce domaine. Et ce n’est pas comme si le Canada est un modèle de productivité parmi les pays de l’OCDE![5] Ce déficit de productivité appauvrit les agriculteurs, en plus de nuire à la compétitivité des produits québécois en épicerie, ici et ailleurs.
Mieux vaut tard que jamais; la nouvelle mouture de la politique bioalimentaire consacre l’augmentation de la productivité comme l’une de ses cibles. L’industrie des sciences végétales est prête à contribuer à cet objectif en développant les technologies qui permettent de protéger les cultures, d’améliorer les rendements dans les champs et de réduire le gaspillage alimentaire.
Les conditions météorologiques variables et les soubresauts de la politique commerciale de nos voisins du sud sont hors de notre contrôle, tout comme l’arrivée de nouvelles maladies fongiques et d’insectes ravageurs autrefois absents du Québec.[6] Cela dit, il nous appartient de fournir aux producteurs les outils dont ils auront besoin pour continuer à alimenter notre monde. Par exemple, avec la démocratisation de l’édition génomique, une technique de plus en plus utilisée dans les sciences de la vie et les sciences végétales, les agriculteurs peuvent espérer pouvoir cultiver des variétés plus résilientes face aux changements climatiques, dotées d’une plus grande durée de conservation et avec de meilleures propriétés nutritives.[7]
Encore mieux, ces innovations peuvent être développées au Québec, comme des chercheurs de l’Université McGill l’ont démontré en développant de l’avoine mieux adapté à notre climat.[8] Ce genre de découverte aurait pu arriver plus tôt et être plus fréquent si le MAPAQ en avait fait une priorité dans les dernières années. Il est d’autant plus inquiétant que la nouvelle politique bioalimentaire du gouvernement soit encore silencieuse à ce sujet, alors que d’autres juridictions sont déjà en avance sur nous.
Pourtant, appuyer la science, stimuler l’innovation au Québec et faciliter l’utilisation de ces technologies par les producteurs d’ici, en voilà des ambitions à nourrir!
Pierre Petelle
Président et chef de la direction, CropLife Canada
[1] Politique bioalimentaire 2025?2035 : des orientations intéressantes mais sans les moyens de ses ambitions – UPA
[2] https://www.laterre.ca/actualites/politique/le-ministre-lamontagne-a-failli-a-la-tache-avec-sa-politique-bioalimentaire-dit-charles-felix-ross/
[3] https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/agriculture-pecheries-alimentation/publications-adm/dossier/politique-bioalimentaire/PO_politiquebioalimentaire_MAPAQ.pdf. P.3
[4] https://www.lapresse.ca/actualites/2025-07-15/terres-agricoles-inondees/c-est-dur-sur-le-moral.php
[5] Études économiques de l’OCDE : Canada 2025 | OCDE
[6] *Politique bioalimentaire 2025-2035, p.47
[7] https://croplife.ca/fr/innovations-en-s%C3%A9lection-v%C3%A9g%C3%A9tale/%C3%A9dition-g%C3%A9nique
[8] https://lactualite.com/actualites/edition-genomique-avancees-pour-de-lavoine-mieux-adaptee-au-climat-canadien/