Continuité plutôt que grandes réformes en agriculture

Le ministre de l’Agriculture, M. Lamontagne, a présenté le 22 août 2025 la politique bioalimentaire 2025–2035 intitulée Nourrir nos ambitions. Ceux qui espéraient de grands changements seront déçus: rien de véritablement nouveau. La politique repose sur des cibles et des objectifs articulés autour de trois grands axes :

  1. Accroître l’autonomie alimentaire du Québec
  2. Développer un secteur prospère et durable
  3. Accélérer l’innovation dans le secteur bioalimentaire

On reprend — ou plutôt on recycle — certains thèmes de la précédente politique bioalimentaire 2018–2025. En résumé, on poursuit le travail amorcé, une posture qui, parfois, vaut mieux que la promesse de grandes réformes, surtout pour un gouvernement à un an des élections.

Cette nouvelle politique présente plusieurs éléments intéressants, tout comme celle de 2018–2025. D’abord, le simple fait d’avoir une politique est en soi positif. Reste maintenant à la mettre en œuvre. Une grande partie de l’atteinte des objectifs repose sur l’entreprise privée, et non sur l’action gouvernementale. Aucun nouveau programme majeur ne semble prévu pour y parvenir. On y mentionne la volonté de réduire la charge réglementaire et administrative des entreprises — une nécessité qui aurait mérité d’être mise plus en évidence.

Le gouvernement renouvelle sa confiance envers les outils déjà en place : les plans conjoints, la Financière agricole et ses programmes, ainsi que la CPTAQ pour la gestion et la protection du territoire agricole. Il compte également sur la collaboration des autres ministères. On mise sur une bonne gestion de ce qui existe déjà — une stratégie valable — mais des correctifs à la gestion actuelle seront nécessaires.

Un volet important de cette politique est l’intensification des pratiques durables et la réponse aux changements climatiques. À ce sujet, la Vérificatrice générale du Québec a récemment été très critique envers la gestion des programmes de la Financière agricole, du Plan d’agriculture durable 2020–2030 et de la CPTAQ. Il aurait été pertinent d’inclure des indicateurs de bonne gestion des outils gouvernementaux dans cette politique, plutôt que des indicateurs et objectifs qui dépendent peu du ministère.

Le cœur de notre économie

Autre élément notable : la nécessité d’une collaboration entre les nombreux acteurs du monde agroalimentaire. Pour le MAPAQ, cette collaboration ne doit pas signifier soumission. Le ministre aura besoin du soutien du premier ministre pour atteindre le niveau de collaboration requis au développement de ce secteur économique majeur — « le cœur de notre économie », comme l’a rappelé François Legault lors du lancement de la politique.

Avec cette nouvelle politique, le gouvernement a fait un choix prudent et sage : miser sur la continuité et une meilleure gestion, plutôt que sur le mirage de grandes réformes. Il lui reste maintenant un an pour démontrer sa capacité à bien gérer — un défi de taille, si l’on se fie au passé et aux constats de la Vérificatrice générale du Québec.

Votre commentaire