Commerce et fiscalité : l’inaction se paiera à la ferme

Par Kyle Larkin, directeur général des Producteurs de grains du Canada

À l’approche de la rentrée parlementaire d’automne, les producteurs de grains du Canada se préparent à des décisions qui pourraient façonner l’avenir de notre secteur pour les années à venir. Qu’il s’agisse du commerce international ou de la fiscalité nationale, les enjeux et le risque de faux pas ont rarement été aussi importants.

Les grains figurent parmi les produits canadiens les plus échangés à l’échelle mondiale : plus de 70 % de la production canadienne est expédiée vers 160 pays. Ce succès repose sur un accès stable aux marchés étrangers et sur des politiques prévisibles au pays. Si l’un ou l’autre est mis en péril, les producteurs de grains, ainsi que les collectivités qui dépendent d’eux, sont les premiers à en subir les effets.

Aujourd’hui, les deux principaux partenaires commerciaux du Canada sont sous pression. Les États-Unis achètent chaque année pour environ 17 milliards de dollars de grains et de produits céréaliers canadiens, et la Chine, pour environ 8 milliards. Ensemble, ces marchés représentent plus de la moitié des exportations canadiennes de grains. Or, ces deux pays font face à des turbulences. L’examen de l’ACEUM prévu en 2026 suscite déjà des inquiétudes quant au maintien de l’accès en franchise de droits. En Chine, les droits de douane imposés sur le canola, les pois et d’autres produits agricoles ont immobilisé des cargaisons et rappelé à quelle vitesse les portes pouvaient se refermer.

La réalité est dure à admettre, mais elle est limpide : aucun autre marché n’égale l’envergure de ces deux pays. La seule solution viable est de sécuriser et de remettre sur les rails ces relations clés.

En effet, si l’accès se dégrade, les familles agricoles seront les premières touchées et l’onde de choc se propagera à l’ensemble de l’économie canadienne.

Au pays, les exploitations familiales sont déjà à bout de souffle. La hausse prévue du taux d’inclusion des gains en capital risque de compliquer le transfert des fermes d’une génération à l’autre. 97 % des fermes canadiennes sont familiales, et pour bien des producteurs, la terre et la machinerie constituent l’épargne-retraite. Or, la valeur des terres agricoles a plus que triplé au cours des 15 dernières années, avec des hausses à deux chiffres en 2023 et 2024, alourdissant considérablement le fardeau fiscal lié aux transferts intergénérationnels.

Bien que le gouvernement  se soit dit prêt à revenir en arrière, aucune mesure concrète n’a pour l’instant été prise et le report jusqu’en janvier 2026 reste en vigueur. Cette incertitude pèse déjà sur un choix crucial : garder la ferme dans la famille ou la vendre. Pour la relève, les contraintes financières s’alourdissent, au point de faire douter de l’avenir même du métier et de laisser de nombreuses familles dans l’incertitude.

En même temps, la taxe sur le carbone appliquée au propane et au gaz naturel, des combustibles essentiels au séchage des grains et au chauffage des étables, a fait grimper les coûts, alors qu’aucune alternative viable n’existe à ce jour. Bien que le taux fédéral soit actuellement fixé à zéro, le cadre législatif demeure, exposant les producteurs à de futures hausses potentielles. Le projet de loi C-4, qui exempterait une fois pour toutes les activités à la ferme de cette taxe, doit être adopté et enverrait un signal fort au gouvernement du Québec. Il est tout simplement impossible de planifier, d’investir ou d’innover quand les coûts de base sont imprévisibles.

Ensemble, ces enjeux font de la rentrée parlementaire d’automne l’une des plus déterminantes de l’histoire récente pour l’agriculture canadienne. Les producteurs savent s’adapter : composer avec la météo, innover, demeurer concurrentiels. Ce qu’ils ne peuvent pas surmonter, c’est l’indécision politique et l’instabilité des politiques publiques.

Ce qu’ils attendent maintenant du Parlement, c’est de prévisibilité : la certitude que les marchés demeureront ouverts, que la fiscalité n’entravera pas la relève et qu’ils ne seront pas injustement pénalisés pour des pratiques essentielles.

 

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