Une habitude bien connue au congrès de l’UPA sont les récriminations faites aux chefs de partis du Québec, tous potentiels leaders d’un futur gouvernement. Si l’opération est intéressante pour comprendre ce que chaque parti a «dans le ventre», disons qu’au fil des années, on a un peu le sentiment d’une redite, des plaintes des producteurs et des réponses évasives de politiciens qui voient les producteurs comme leurs porte-paroles dans les régions du Québec.
Les producteurs se sont plaints auprès des chefs de partis, une tradition au congrès de l’UPA : « On est deux fois moins soutenu qu’ailleurs dans le monde», a-t-on entendu au micro. Les chefs du PLQ, Pablo Rodriguez; de QS, Ruba Ghazal; du PQ, Paul Saint-Pierre Plamondon se sont exprimés les uns après les autres.
Le chef du PLQ fort en réponses généralistes
«On est là pour vous», a dit Pablo Rodriguez comme tout bon politicien «mais dans le contexte actuel, on ne peut pas doubler le budget, dire cela serait de la bullshit».
À la question de Pierre Lemieux, ancien vice-président de l’UPA sur les forêts privées, il a répondu :« Concernant les terres privées, je vous entends, mais on doit se battre collectivement contre les tarifs de Trump comme pour sauver la gestion de l’offre».
La plupart des réponses de Pablo Rodriguez semblaient essentiellement des lieux communs. À sa défense, au regard des défis qu’il confronte au quotidien dans son parti, il ne devait pas être le mieux préparé pour un tel congrès. Pablo Rodriguez, sûrement perturbé par son quotidien au PLQ, n’a pas scoré au congrès, ça c’est certain.
Québec solidaire fait du pouce sur une «dérive autoritaire» envers les syndicats
Devant Ruba Ghazal de QS, Pierre Lemieux, ancien vice-président de l’UPA, a rappelé qu’ il y a collusion entre les forêts publiques et le ministère. «On est une industrie en crise», dit Pierre Lemieux, représentant des producteurs de forêts privées.
Ruba Ghazal a fait un lien facile avec la manifestation concernant « la dérive autoritaire de la CAQ» en lien sur les nouvelles lois concernant les syndicats. À ce sujet, il est étonnant que depuis deux jours au congrès personne ( pas même les ministres Martel ou Drainville) ne parle de la transparence à laquelle serait soumise les syndicats si la loi du ministre Boulet passait.
Ruba Ghazal a rappelé aussi que plusieurs producteurs doivent travailler en dehors du monde agricole pour soutenir leur exploitation : « Ce n’est pas normal que vous travailliez si fort pour nourrir le peuple québécois. Québec solidaire appuie la demande de l’UPA faite au gouvernement pour un appui plus conséquent à l’agriculture», a-t-elle dit.
Elle dit avoir constaté la difficulté à l’épicerie pour les Québécois « M.Caron a fait son épicerie, moi aussi cette semaine. (…) les Québécois veulent acheter local et québécois, mais encore faut-il que le gouvernement réponde à l’appel ( …) concernant les institutions publiques, il faut que 75 % des achats publics soient locaux».
Sur les éoliennes, pour elle, même si cela fait partie de l’économie verte « ça ne peut pas être partout et n’importe comment»
Selon PSPP, le parti québécois pourra faire des choix pour l’agriculture en lien avec notre souveraineté alimentaire dans la tradition de Jean Garon
Le dernier invité était, Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP). Présenté par Martin Caron comme celui qui a mis de l’avant plusieurs points d’intérêt pour le monde agricole, PSPP a modéré son discours en rappelant que la situation change : «La géopolitique et le risque de guerre sont une réalité», a-t-il dit.
Il a rappelé que les revenus des producteurs au Québec de 1,2 milliard de dollars en 2020 ne sont plus que de 900 millions de dollars en 2024.
Il s’est toutefois présenté comme étant dans la tradition de Jean Garon et de René Lévesque.
« Au PQ, on croit à la taxe carbone, mais sortir du marché du carbone va coûter environ 4 milliards et ce marché rapporte. (…) On est sensible à vos défis, mais à travers la bourse carbone vous avez contribué à hauteur de 500 millions. ( …) il faut complètement réformer cela. (…) Je prends cet engagement clair, un gouvernement du Québec avec nous va retourner 100 % de ce que vous avez contribué».
L’État québécois n’est pas une banque et peut choisir les secteurs qu’il souhaite soutenir a rappelé le chef du PQ.
Le PQ a une mission concernant la souveraineté alimentaire, a-t-il rappelé. Il s’est inquiété de la situation dans le secteur du bœuf entre autres choses : « On perd notre autonomie à produire pour le Québec avant tout (…) et à produire pour les intérêts des producteurs du Québec».
Concernant les parcs éoliens, PSPP a présenté une vision plutôt favorable à ce secteur: « Les éoliennes ailleurs font partie du paysage agricole. Oui, on sera favorable au BAPE et à l’acceptation sociale ( …) On ne fera pas de mur à mur mais on ne sera pas fermé à cet type de production», a-t-il dit.
Et la gestion de l’offre si il y a INDÉPENDANCE
À la question du producteur Jean-Claude Charrette, «qu’est-ce qu’il advient de la gestion de l’offre dans le cadre d’un Québec souverain à savoir quelle sera la coupure des quotas au Québec?», PSPP a renouvelé que le PQ a toujours était en faveur de la défense de la gestion de l’offre : « Rien de neuf sous le soleil», dit-il. Selon lui, Mark Carney va possiblement négocier la gestion de l’offre en échange des intérêts de l’Ontario ou de l’Alberta. Il a dit ne rien pouvoir garantir mais a déclaré préférer négocier en fonction des intérêts propres du Québec «même si les intentions des voisins du sud resteront les mêmes».
Les méchants de la culture et les gentils de l’agriculture!
Si Paul Saint-Pierre Plamondon s’attaque aujourd’hui au monde culturel québécois en déclarant que celui-ci fait de l’aplaventrisme devant l’arrivée de Marc Miller comme ministre de la culture au fédéral, PSPP a sûrement séduit un peu aujourd’hui le monde de l’agriculture.
On notera un absent à ce congrès, Éric Duhaime du Parti Conservateur du Québec, un manque certain pour avoir un éventail politique complet alors qu’il accote la Coalition Avenir Québec dans les sondages.
La Vie agricole a contacté Éric Duhaime, le chef du PCQ. Il nous a confirmé avoir demandé accès à la tribune des chefs de partis auprès de l’UPA qui lui aurait refusé.
Après vérification auprès du directeur général de l’UPA, Charles-Félix Ross, celui-ci a justifié la non-présence d’Éric Duhaime en lien avec les politiques que l’UPA s’est donnée depuis quelques années à savoir se limiter au chefs des oppositions officielles élus mais précise que l’UPA a quand même rencontré Éric Duhaime lors du congrès: « Nous invitons les chefs des oppositions officielles élus à l’assemblée nationale à prendre la parole au Congrès. C’est la règle que nous nous sommes donnés, il y a quelques années déjà. Nous n’avons donc pas invité Monsieur Duhaime à prendre la parole devant nos congressistes. Nous l’avons invité cependant à la réception du président et à participer aux délibérations du Congrès. Il a accepté l’invitation. Il est venu accompagné de la députée indépendante Maïté Blanchette. Nous avons apprécié leur présence», nous a écrit Charles-Félix Ross.