L’opinion publique exerce une pression considérable sur les décisions politiques et institutionnelles. Cette influence, bien que légitime dans une démocratie, conduit parfois à des choix malheureux qui auraient été différents sans cette pression. En agriculture, par exemple, de nombreux organismes publics et parapublics adaptent leurs décisions en fonction de l’opinion dominante, ce qui fragilise notre secteur. Le dossier des pesticides illustre bien cette dérive : en Europe, des interdictions ont été imposées sous la pression populaire, entraînant des conséquences désastreuses.
Mais qu’est-ce que l’opinion publique ? C’est un concept difficile à cerner. Elle ressemble souvent à un chœur de « gérants d’estrade » qui s’expriment sur des sujets qu’ils connaissent mal, parfois manipulés par des groupes de pression. En agriculture, nous avons tous entendu des commentaires de personnes qui ignoraient totalement la réalité du terrain.
Il est normal que les responsables politiques tiennent compte de l’opinion publique : c’est le fondement de la démocratie. Toutefois, il est essentiel de disposer de structures capables de vérifier et équilibrer les informations qui la façonnent. Aujourd’hui, des stratégies de communication sophistiquées permettent à des groupes militants d’influencer massivement l’opinion, souvent avec la complicité de médias complaisants. Ces groupes exploitent des concepts philosophiques, comme le principe de précaution, qu’ils interprètent à leur avantage. Initialement conçu pour éviter les risques liés à l’inaction, il est désormais utilisé pour justifier l’inaction face à des innovations comme les OGM. Après plus de 40 ans d’utilisation, les dangers annoncés ne se sont pas matérialisés. Pourtant, des campagnes de peur continuent, appuyées sur des études discutables ou des analyses biaisées.
Pour contrer cette désinformation, le public et les médias doivent pouvoir s’appuyer sur des sources fiables. Les universités devraient jouer ce rôle, mais elles perdent peu à peu leur liberté intellectuelle et voient croître un militantisme qui fragilise l’éthique scientifique. Sous cette pression, il devient tentant – et parfois plus rentable – de suivre l’opinion dominante plutôt que de la corriger. Rappelons qu’un professeur a le droit de penser autrement, mais qu’il n’a pas le droit de manquer d’éthique scientifique. Aujourd’hui, cette distinction tend à disparaître.
Les ordres professionnels devraient également intervenir pour rétablir les faits. En agriculture, plusieurs ordres existent : agronomes, vétérinaires, ingénieurs, technologues, etc. Trop souvent, ils laissent à leurs membres le soin de corriger les erreurs, alors qu’une prise de position officielle serait plus efficace. Le cas des pesticides est révélateur : il ne s’agit pas de défendre ou condamner leur usage, mais de rectifier les informations fausses ou scientifiquement douteuses. Malheureusement, ces ordres, comme les universités, subissent des pressions et préfèrent parfois s’aligner sur l’opinion publique plutôt que de la contredire.
Dans un monde où l’information est abondante mais inégale en qualité, il est crucial de disposer de structures solides pour bâtir des opinions éclairées. Le gouvernement doit veiller à cela : il y gagnera en crédibilité et en efficacité dans ses décisions, tout en respectant la démocratie et l’écoute de l’opinion publique.