Glyphosate, l’indignation sélective:Calmons-nous le pompon!

« La rétractation d’un article qui date d’un quart de siècle sur l’innocuité du glyphosate ne renverse pas un consensus scientifique ; elle révèle surtout l’indignation sélective de notre époque. »

Le mouvement anti-OGM reprend du service en brandissant un scandale qui n’en est pas vraiment un. La récente rétractation d’un article publié en 2000, il y a 25 ans, concluant à l’innocuité du glyphosate pour la santé humaine a ravivé un débat que plusieurs croyaient réglé depuis longtemps. Publié dans Regulatory Toxicology and Pharmacology, son contenu avait été abondamment cité au fil des ans (plus de 700 fois) et utilisé dans certains exercices d’évaluation réglementaire, notamment lors de la réévaluation de Santé Canada en 2017.

Selon l’avis de rétractation, les conclusions de l’étude reposaient en grande partie sur des données non publiées provenant de Monsanto, depuis rachetée par Bayer, sans que l’ampleur de l’implication de l’entreprise soit clairement divulguée. Des préoccupations ont également été soulevées quant à de possibles manquements éthiques, à des contributions non déclarées de membres du personnel de l’entreprise et à des questions de compensation financière.

Mais les informations entourant cette rétractation ne disent pas tout.

Il convient de replacer cet épisode dans son juste contexte scientifique et économique. Cette publication n’a jamais constitué, à elle seule, la pierre angulaire des décisions réglementaires sur le glyphosate, ni au Canada ni ailleurs. Les agences publiques fondent leurs évaluations sur des ensembles de données beaucoup plus vastes, incluant des centaines d’études toxicologiques et épidémiologiques. Santé Canada l’a d’ailleurs clairement indiqué : cette rétractation ne remet pas en cause ses évaluations antérieures. Les appels de certains groupes environnementaux à une révision complète relèvent davantage d’une dynamique politique que d’un impératif scientifique ou économique.

En matière de politiques alimentaires et agricoles, il demeure essentiel de distinguer entre la correction légitime d’un article ancien et marginal, et la solidité globale d’un cadre réglementaire reposant sur un recueil de preuves beaucoup plus large.

L’ampleur médiatique accordée à cette rétractation dépasse largement sa portée réelle. Il faut rappeler le statut secondaire de la revue concernée dans l’écosystème scientifique. Regulatory Toxicology and Pharmacology n’est ni une revue de référence en santé publique ni une publication centrale dans l’évaluation des risques réglementaires. Son facteur d’impact autour de 3,5, bien que respectable reste modeste, et certainement peu élevé dans le champ de la recherche en santé publique. L’article en question n’a jamais constitué une référence déterminante de la toxicologie moderne ni une base décisive pour les décisions réglementaires. Les agences comme Santé Canada, l’EFSA ou l’EPA ne fondent jamais leurs conclusions sur une seule publication, encore moins sur un article ancien dont la méthodologie datait déjà au moment de sa parution.

Il faut également souligner le contexte humain de cette rétractation tardive. Deux des auteurs, aujourd’hui décédés, ne peuvent répondre aux accusations ni clarifier les choix méthodologiques faits il y a un quart de siècle. Le troisième auteur n’a jamais réagi. Cela pose un problème fondamental d’équité intellectuelle. De plus, la nature même de l’étude, une revue interprétative de données existantes, et non une expérimentation originale ou une étude épidémiologique importante, limite fortement sa valeur scientifique intrinsèque. Présenter cette rétractation comme un tournant marquant ou une déclaration majeure relève davantage du sensationnalisme que de l’analyse rigoureuse.

En science comme en économie alimentaire, seuls les inventaires complets de preuves réévalués en continu comptent et non la relecture morale et rétroactive d’un article périphérique publié 25 ans auparavant.

Alors, calmons-nous le pompon?!

Pendant ce temps, d’autres études aux conclusions alarmistes sur l’environnement et les changements climatiques sont rétractées dans un quasi-silence médiatique. Un exemple récent : un article publié dans la prestigieuse revue Nature, dont le facteur d’impact frôle les 50 et qui est cité des centaines de fois par an par des institutions influentes, a été retiré après que la fiabilité des données ait été remise en question. L’article intitulé The economic commitment of climate change (Kotz et al., 2024) a été rétracté le 3 décembre dernier.

Mais personne ne parle de cet article. Où sont les indignés du glyphosate??

 

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