L’inquiétude augmente dans le milieu agricole, surtout pour les secteurs sous gestion de l’offre. Beaucoup se demandent si, sous la pression du gouvernement Trump, le Canada pourrait affaiblir ou abandonner ce système lors d’une prochaine négociation commerciale. Les récents événements au Venezuela montrent jusqu’où Trump peut agir. Pourtant, la gestion de l’offre et l’ACEUM sont essentiels pour assurer stabilité et prévisibilité aux producteurs, ce qui est crucial en agriculture. Malheureusement, le discours actuel du gouvernement Trump crée plus d’incertitude que de stabilité.
Il est très difficile de prévoir comment évolueront nos relations avec les États-Unis. Les actions et les déclarations du gouvernement Trump relèvent souvent du spectacle, mais elles peuvent tout de même avoir des effets importants sur certains secteurs. Comme ce spectacle semble sans limites, il devient presque impossible de prédire ce qui s’en vient, ce qui est stressant pour les entrepreneurs.
Si la gestion de l’offre est affaiblie, ce sera une décision canadienne!
Certaines réalités demeurent toutefois. La gestion de l’offre est contrôlée par le gouvernement canadien, pas par les Américains. Si elle est affaiblie, ce sera une décision canadienne, et le gouvernement devra l’expliquer aux citoyens. D’ailleurs, les critiques envers la gestion de l’offre viennent surtout du Canada, pas des États-Unis. Elles proviennent de trois groupes.
Trois axes à l’origine des critiques de la gestion de l’offre
Le premier groupe canadien est composé de partisans du libre marché absolu, qui rejettent toute intervention de l’État. Leur influence dans les négociations est réelle, et pour eux, une négociation commerciale est une occasion d’éliminer toute forme de régulation. L’opacité des dernières négociations ne permet pas de savoir d’où venaient les concessions, mais elles ne venaient pas forcément des Américains.
Le deuxième groupe est celui des transformateurs canadiens. L’épisode du lait diafiltré, produit américain créé par nos transformateurs, leur a surtout profité, tout en convenant aux intérêts américains. La pièce de théâtre Run de lait de Justin Laramée a bien illustré cette situation.
La troisième menace vient du système lui-même. Sa gestion est devenue complexe et difficile à comprendre pour le public. Pourtant, la gestion de l’offre vise à assurer la stabilité pour trois groupes : les producteurs, les transformateurs-distributeurs et les consommateurs. Créé il y a près de cinquante ans, le système a évolué au fil des négociations entre producteurs et transformateurs, sous supervision gouvernementale, pour garantir un approvisionnement stable au consommateur.
Aujourd’hui, le grand public par ses représentants connaît de moins en moins ce système, même s’il en fait partie. Pourtant, c’est lui qui constitue la meilleure défense du modèle dans les négociations avec les États-Unis. Si les consommateurs et les électeurs montrent qu’ils y tiennent, le gouvernement sera moins tenté de faire des concessions. Et par leurs choix à l’épicerie, les consommateurs peuvent aussi rappeler aux transformateurs l’importance de respecter ce système.
Les producteurs ne peuvent pas contrôler ce que fait le gouvernement Trump, mais ils peuvent informer et sensibiliser les consommateurs et leurs représentants d’ici sur l’utilité de ce système de gestion de l’offre pour non seulement les producteurs, mais aussi pour le consommateur.
C’est, selon moi, la meilleure stratégie pour traverser cette période d’incertitude et retrouver un peu de clarté.