Le train à grande vitesse inquiète l’UPA : Et si on privait les vaches de trains qui passent?

Alors que comme on le sait, les vaches aiment regarder les trains passer, la Fédération de l’Union des producteurs agricoles Outaouais-Laurentides (UPA) exprime de vives préoccupations à l’égard du projet de train à grande vitesse (TGV) ALTO.

Ce projet d’infrastructure priorisé par le gouvernement fédéral, «risque d’entraîner des impacts dommageables, sévères et permanents sur les secteurs agricole, forestier et acéricole du Québec», dit la Fédération de l’Union des producteurs agricoles Outaouais-Laurentides.  Si l’UPA se dit en faveur de l’importance de moderniser les infrastructures de transport, elle remet  en question « la pertinence et la valeur ajoutée d’un projet de cette ampleur lorsque celui-ci se fait au détriment du territoire agricole, de l’environnement, des producteurs et de la viabilité de leurs entreprises.»

Toronto en auto!

« Doit-on privilégier la rapidité des déplacements entre Montréal et Toronto, ou la protection de nos terres agricoles, de notre environnement et notre autonomie alimentaire? », questionne Stéphane Alary, Président de la Fédération et producteur agricole dans un communiqué publié aujourd’hui. Il semble que pour l’UPA, il faudra continuer de se rendre en auto à Toronto. Il faudra voir ce que diront les environnementalistes grands défenseurs des transports collectifs?

Un promoteur non assujetti à la CPTAQ ni au BAPE!

L’UPA souligne également que le promoteur du projet, ALTO, bénéficierait de pouvoirs d’expropriation et ne serait pas assujetti aux lois de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), ni au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). «Cette situation exceptionnelle soulève de sérieuses inquiétudes quant à la protection des terres et à la transparence du processus», de souligner le syndicat.

Inacceptable sauf si…

La Fédération de l’UPA Outaouais-Laurentides entend intervenir afin de défendre les intérêts des producteurs agricoles. Elle dit participer aux échanges avec le promoteur pour exiger des informations précises sur le tracé, documenter les impacts réels sur les entreprises agricoles et le territoire, et faire valoir des mesures d’atténuation et de compensation adéquates pour les producteurs concernés.

Le mot est lancé : « compensation!». Est-ce à dire que le train aura plus d’intérêt si le promoteur ALTO ou le gouvernement revient avec des chèques conséquents ?

« Le projet n’apporte aucun bénéfice aux agriculteurs ni aux communautés rurales. Notre rôle est clair : accompagner nos membres, obtenir des communications transparentes, des réponses complètes à leurs questions et des compensations justes pour l’ensemble des pertes et des contraintes qu’ils subiront par le passage de ce train. » affirme M. Alary

De nouveaux expatriés à Mirabel ?

L’UPA dit inviter fortement ALTO à réduire son corridor d’étude et à présenter rapidement des options de tracé crédibles et resserrées. « Le flou rend les agriculteurs extrêmement nerveux, notamment à Mirabel, où l’historique d’expropriation lié à l’aéroport est encore bien présent. Plusieurs se demandent s’ils seront les prochains à perdre leurs terres » affirme Stéphane Alary.

La géopolitique comme argument

L’UPA en profite pour rappeler que «les terres agricoles constituent une ressource précieuse et non renouvelable. La zone agricole cultivable représente moins de 2 % du territoire québécois» et que «sa protection est essentielle, particulièrement dans un contexte géopolitique incertain où l’ensemble des décideurs politiques reconnaissent l’importance de la souveraineté alimentaire du Québec».

Les contre-arguments faisant état de nombreuses terres restées en friche ou utilisées essentiellement pour de la monoculture ne sont pas mis de l’avant. Si l’importance de la souveraineté alimentaire doit être un argument, la diversification des cultures ne devrait-elle pas dominer dans le discours syndical et politique comme le rappelle le livre publié l’an passé par l’Institut Jean-Garon aux éditions Léméac : « Notre agriculture à la dérive»?

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