Le 27 janvier dernier, Polytechnique Montréal a choisi de retirer le bœuf de ses menus, prétendant faire un geste pour le climat. En réalité, cette décision illustre surtout une paresse intellectuelle étonnante pour une école d’ingénierie qui se revendique scientifique.
On présente le bœuf comme un coupable idéal. C’est simple, c’est vendeur, et ça évite d’examiner les vrais chiffres. Sauf que la science — la vraie — est beaucoup moins confortable que les slogans.
Quand l’université est «dans le champ»!
De prétendre que la viande bovine a une haute empreinte carbone montre la compréhension partielle voir biaisée que l’on a de la production bovine, mais aussi de la comptabilité des bilans carbone, excusable pour le citoyen, un peu moins pour un milieu universitaire.
Oui, les bovins émettent du Méthane, c’est un produit de la digestion des aliments par le rumen d’une vache. Cependant les vaches ont la capacité d’utiliser des fourrages (herbes) comme aliment et les fourrages quand ils sont issus de prairies stockent dans le sol de très grandes quantités de carbone.
Ignorance ou manipulation?
Dans l’évaluation du bilan carbone d’un produit il faut prendre en compte l’ensemble de l’unité de production, il y a des + et des -, la comptabilisation de l’ensemble nous permet d’arriver à un niveau d’émission ou de stockage net. Mais omettre complètement le rôle massif des prairies dans le stockage du carbone dans le calcul, c’est soit de l’ignorance, soit de la manipulation!
Dans une série d’expérimentation l’INRA (institut national de recherche agronomique) en France démontre que les niveaux de stockage net de carbone se situent en moyenne autour de 1000 kg c/ha/an. Exprimée en équivalent CO2, la quantité de carbone stockée par la prairie permettrait globalement de compenser la quantité de méthane émise par les animaux valorisant cette même prairie. Mais ça, curieusement cette dynamique, n’apparaît nulle part dans l’analyse de Polytechnique.
Pourquoi ? Parce qu’admettre que certains systèmes bovins peuvent être neutres, voire positifs pour le climat, rendrait leur décision beaucoup plus difficile à justifier.
Évidemment, les systèmes intensifs nord?américains, basés sur plus de concentrés moins de fourrages, polluent davantage. Mais c’est précisément pour cela qu’une école d’ingénieurs devrait distinguer les modèles vertueux des modèles problématiques. Au lieu de cela, Polytechnique choisit la solution la plus simpliste : tout bannir, sans nuance, sans distinction, sans rigueur.
Jettes-tu ton ordinateur pour un fichier corrompu?
C’est l’équivalent intellectuel de casser un ordinateur parce qu’un fichier est corrompu.
Le plus ironique ? En supprimant le bœuf, Polytechnique élimine aussi l’une des rares productions agricoles capables de restaurer le carbone des sols à grande échelle. Félicitations : au nom du climat, on supprime une des solutions climatiques.
Où sont les débats à l’université?
C’est d’autant plus grave que la société s’attend à des débats qui émanent des universités, une réflexion et des opinions honnêtes basées sur la science et non des stratégies militantes qui relèvent plus de la religion que de la science.
Il est à espérer que polytechnique dans ses champs de compétence qu’est l’ingénierie, ait plus de vision ou de compétence en termes de développement durable qu’elle en a eu en matière de production bovine.