Porc édité, consommateurs ignorés

Encore une fois, sans avis public ni explication substantielle, Santé Canada a autorisé une technologie alimentaire qui demeure mal comprise par une grande partie de la population. Ces derniers jours, l’agence a approuvé la vente de porc génétiquement édité au Canada, sans aucune exigence d’étiquetage permettant aux consommateurs de savoir ce qu’ils achètent.

« Le porc génétiquement modifié ou édité ne pose aucun risque pour la santé, mais retenir l’information mine la confiance et l’hétérogénéité des choix pour les consommateurs. »

Cette décision peu banale s’inscrit dans un schéma bien connu de la réglementation alimentaire canadienne : les évaluations scientifiques sont menées, les autorisations sont accordées discrètement, et la communication au public est reléguée au second plan. Nous avons déjà assisté à ce scénario l’automne dernier avec le clonage.

Santé Canada ne semble pas avoir tiré de leçons de cette expérience récente. À l’automne dernier, l’agence approuvait la viande issue de la descendance d’animaux clonés, encore une fois sans annonce publique. Lorsque l’information a fini par émerger, la réaction négative et rapide des consommateurs a forcé Santé Canada à suspendre le processus.

L’édition génétique consiste à apporter des modifications précises à l’ADN d’un animal, souvent à l’aide de techniques comme CRISPR, afin d’introduire des caractéristiques comme la résistance aux maladies ou une productivité accrue, sans insérer de gènes étrangers. D’un point de vue scientifique, le consensus est clair : la technologie est sûre, bien comprise et offre de réels avantages en matière d’efficacité agricole, de résilience face aux stress climatiques et, potentiellement, de stabilité des prix à long terme.

Ni la salubrité ni l’innocuité ne pose problème, mais la confiance des acheteurs se voit ébranlée et l’abordabilité remise en question.

Depuis le 1er janvier, Santé Canada impose des étiquettes frontales bien visibles pour signaler une teneur élevée en gras, en sucre ou en sodium. Si le public a droit à ce niveau d’information, il devient difficile de soutenir que l’identification de la viande génétiquement éditée au point d’achat, un produit à ingrédient unique, verse dans l’excès ou présente un danger. L’information en soi ne nuit pas aux consommateurs?; mais son absence pose problème, notamment en ce qui concerne les prix.

Ces technologies permettent à l’industrie d’augmenter ses performances et d’atteindre une productivité plus efficace tout en réduisant ses coûts. Mais qu’en est-il du consommateur?? Quand viendra le jour où il constatera une baisse des prix attribuable à de meilleures technologies??

Si deux pièces de viande portent clairement une étiquette, l’une avec la mention « génétiquement édité » et l’autre non, au même prix, le produit non édité récoltera la faveur d’un plus grand nombre d’acheteurs. D’ailleurs, pour cette raison, l’industrie ne souhaite pas reconnaître l’hétérogénéité des préférences au détail. Il s’agit d’une question de marges, le comptoir des viandes demeurant extrêmement lucratif, en particulier pour les épiciers.

Il en résulte une uniformité réglementaire qui étouffe le choix, tout en faisant peu pour s’attaquer aux pressions structurelles qui font grimper les prix de la viande. Les Canadiens paient déjà leur viande plus cher?; l’opacité n’améliorera ni l’abordabilité ni la confiance.

Dans ce contexte, les producteurs biologiques et de niche qui choisissent de ne pas recourir aux technologies d’édition génétique perdent la capacité de différencier clairement leurs produits. Pour cette raison, duBreton, le plus grand producteur de porc biologique, affiche volontairement sur ses emballages que ses produits ne sont ni clonés ni génétiquement édités.

L’édition génétique n’est pas nouvelle en agriculture. On l’utilise depuis des années dans la culture du riz, du canola et des tomates, entre autres. Mais pour les animaux, c’est différent. Le risque scientifique des aliments ne s’évalue pas uniquement à l’aune?; il se façonne aussi par la perception, l’éthique et les valeurs. Les régulateurs et l’industrie doivent reconnaître cette réalité plutôt que de la balayer du revers de la main.

La conclusion, pourtant simple, nous dicte que les produits alimentaires issus de l’édition génétique et du clonage devraient porter clairement une étiquette. Non pas parce qu’ils présentent un danger, mais parce que la transparence joue un rôle essentiel dans la confiance, dans l’intégrité des marchés et dans l’acceptation à long terme.Haut du formulaire

 

 

 

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