Encore l’inflation et ce cher pain qui vient d’ailleurs : Vite des miroirs dans les ministères!

La Vie agricole a eu connaissance d’une note de Simon Brière, stratège principal chez R.J. O’Brien & Associates Canada Inc et il faut bien dire que cette analyse est tout à fait pertinente. Et comme à notre habitude, nous y avons ajouté notre petit grain de sel…ou de blé!

Simon Brière écrit en introduction: «Les résultats publiés cette semaine par l’un des plus grands détaillants alimentaires du Canada (George Weston) montrent des ventes trimestrielles d’environ 16,5 G$, en hausse d’environ 11 % sur un an. Cela illustre à quel point les dépenses nominales dans le secteur de l’alimentation demeurent solides, malgré la pression sur les budgets des ménages. À mon avis, l’histoire la plus importante en ce moment est plutôt la dynamique macroéconomique entre l’inflation alimentaire, les prix des intrants (comme les grains et le blé) et la psychologie des consommateurs».

Si on avait observé un ralentissement de l’inflation en 2024, c’est reparti de plus belle avec une nouvelle hausse de 7 % sur un an. Et M.Brière donne l’exemple très intéressant du blé.

Ce cher pain! Qui marge?

Il explique la part de l’agriculteur dans un pain. «Voici une statistique qui surprend souvent : le blé contenu dans un pain d’environ 3,60 $ vaut seulement environ 13 cents. À un prix d’environ 6 $ le boisseau, un boisseau de blé permet de produire environ 45 pains. Cela signifie que le grain de l’agriculteur représente seulement 3 à 4 % du prix de détail. Le reste? La mouture, la transformation, la main-d’œuvre, le transport, l’emballage, l’énergie et les opérations de détail. Autrement dit, le prix du pain dépend beaucoup plus de l’ensemble de la chaîne alimentaire que du champ de blé».

Comme il l’explique, le blé représente donc une petite partie du coût total du pain. «Même si le prix du blé augmentait de 50 %, la valeur du grain dans un pain ne passerait que d’environ 13 cents à 20 cents, soit une hausse d’environ 7 cents».

Alors la majeure partie du prix payé par les consommateurs provient de la transformation, de la logistique, de la main-d’œuvre et du commerce de détail, pas du blé lui-même.

Une guerre de plus, belle occasion de marger encore et encore

On peut faire en ces temps géopolitiques incertains des parallèles avec le prix de l’essence à la pompe qui explose et qui continuera son ascension tant que durera la guerre en Iran et même après. Car si une crise a un impact sur la matière première, elle permet surtout à beaucoup d’acteurs  de la chaîne alimentaire de marger.

Comme le rappelle ce stratège on n’est plus dans des valeurs à la hausse dans le blé et pourtant le prix du pain ne chute pas : «Les prix du pain au détail demeurent structurellement élevés, même si les marchés à terme sont revenus vers des creux de plusieurs années»

Et si l’inflation devient structurelle?

Pour lui : « La question n’est plus simplement de savoir si l’inflation alimentaire est élevée, mais si elle est soutenable dans un environnement où les consommateurs sont plus sensibles aux prix et plus vocalement critiques» et il ajoute : «Nous passons d’une phase de choc inflationniste à une phase de fatigue inflationniste».

La pression acceptée dans le cadre conjoncturel de la guerre en Ukraine sera-t-elle aussi bien intégrée et digérée par les consommateurs si l’inflation devient structurelle.

Des miroirs dans les ministères

Et en parlant de blé, malgré les efforts de plusieurs, dont Les Céréaliers du Québec au fil des dernières années, il ne semble pas y avoir encore de véritable politique constructive pour produire du blé pour l’alimentation au Québec. On continue allègrement de s’approvisionner à l’ouest du Canada. Le Québec qui se targue souvent de se soucier de son autosuffisance alimentaire devrait peut-être investir dans quelques miroirs pour garnir nos ministères afin que nos élus se regardent un peu dans le blanc des yeux lorsqu’ils prennent ou ne prennent pas ( c’est malheureusement plus souvent le cas) une décision ou aucune décision ?

 

 

 

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