Comme à chaque début d’année, Financement agricole Canada (FAC) présente ses prévisions. Pour 2026, la situation macroéconomique n’est pas particulièrement favorable : de gros nuages planent sur les exportations et la consommation intérieure demeure faible. Du côté agricole, les prévisions sont plus difficiles à établir. Au?delà des aléas climatiques, plusieurs enjeux liés au marché pourraient influencer les résultats de l’année 2026, notamment les exportations et la renégociation de l’ACEUM. L’année commence toutefois bien pour l’agriculture en général, particulièrement grâce à un début de normalisation de nos relations avec la Chine et l’Inde, deux grands importateurs de produits agricoles.
Le gouvernement fédéral semble avoir pris la mesure des défis économiques à venir et cible précisément les éléments qui feront la différence. En agriculture, les exportations — et plus particulièrement la diversification de nos marchés — seront déterminantes pour faire la différence entre une année très ordinaire et une très bonne année. Bonne nouvelle : les deux missions en Chine et en Inde ont permis un dégel dans des relations jusque?là très tendues avec le Canada. Cela s’est déjà traduit par la levée de certaines contraintes au commerce agricole. En matière de relations internationales, le gouvernement actuel est revenu sur terre : c’est bien beau de se chicaner avec ceux qui ne partagent pas nos valeurs, mais pour un pays comme le Canada, dont la prospérité repose sur les exportations, ce n’est pas l’idéal. Un Canada prospère a beaucoup plus de chances de promouvoir discrètement ses valeurs à travers le monde qu’un Canada affaibli qui se parle à lui?même de ses principes.
« Respirer par le nez» même si la gestion de l’offre est visée
Reste la renégociation avec notre principal partenaire commercial, un exercice où il est difficile de prédire quoi que ce soit. L’attitude à adopter, en bon Québécois, est de « respirer par le nez ». C’est d’ailleurs le message envoyé par la FAC pour ce qui est des productions sous gestion de l’offre : l’important est d’améliorer ce que l’on contrôle, car c’est la meilleure façon de faire face à ce que l’on ne contrôle pas. C’est aussi le message du gouvernement canadien.
Dans les derniers jours, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a publié le programme de politique commerciale du gouvernement Trump pour 2026. Dans ce document de 280 pages, le gouvernement américain souligne son intention de « négocier avec fermeté pour résoudre les problèmes qui seront désignés lors de la révision » et précise que « le renouvellement de l’ACEUM ne sera recommandé que si une solution peut être obtenue ». La gestion de l’offre est visée, non pas dans son ensemble, mais en ce qui concerne le respect par le Canada des ouvertures de marché accordées aux États?Unis dans de précédents accords. On est loin d’une demande de démantèlement du système de gestion de l’offre. De plus, la pression exercée par la grippe aviaire sur la production de volaille en Amérique du Nord, ainsi que l’explosion de la demande de protéines laitières, protège en quelque sorte les productions sous gestion de l’offre, les entreprises américaines ayant déjà de la difficulté à répondre à leur propre demande intérieure.
Existe-t-il encore un gouvernement provincial?
Face aux défis qui nous attendent en 2026, quelle sera la contribution du gouvernement provincial? Ou plutôt : existe?t?il encore, ce gouvernement provincial? Il serait plus que temps qu’il redescende lui aussi sur terre et s’occupe de notre économie — mais cela fera l’objet d’une autre chronique.