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« Tant que le Canada confondra inflation et météo, au lieu de regarder la productivité et la compétitivité en face, les prix continueront d’augmenter — plus lentement peut-être, mais toujours vers le haut. »
Avec la publication des données de mardi par Statistique Canada, le constat est sans équivoque : pour un deuxième mois consécutif, le Canada affiche le taux d’inflaion alimentaire le plus élevé parmi les pays du G7. Notre inflation alimentaire atteint 7,3 %.
Le bœuf, les noix, le porc et même le poulet coûtent de 5 % à 7 % de plus qu’il y a un an. Seule éclaircie : les œufs et les fruits frais affichent un recul annuel.
Pendant ce temps, les États-Unis — pourtant engagés dans une politique tarifaire agressive touchant de nombreux produits importés — enregistrent une inflation alimentaire de 2,9 %, soit moins de la moitié du taux canadien.
Certes, il y a un an, le Canada bénéficiait d’un congé temporaire de TPS, ce qui avait artificiellement comprimé l’indice. Toutefois, selon nos estimations, même en neutralisant cet effet statistique, l’inflation alimentaire canadienne aurait avoisiné 6,3 %, ce qui aurait tout de même placé le pays en tête du G7.
Or, pas plus tard que la semaine dernière, certains ministres à Ottawa ont invoqué les changements climatiques pour expliquer la hausse des prix. L’argument devient commode. Oui, le climat influence certains prix agricoles. Mais depuis plusieurs années, ce facteur est loin d’être le principal moteur de l’inflation alimentaire canadienne.
Le problème est structurel.
Depuis 2008, l’indice des prix des aliments progresse plus rapidement que l’indice général des prix à la consommation. Cela signifie que notre défi n’est ni cyclique ni temporaire : il relève de la productivité, de la compétitivité et de la structure même de notre économie agroalimentaire.
Plusieurs facteurs alimentent cette dynamique :
- Les barrières interprovinciales, y compris certains mécanismes liés à la gestion de l’offre, dont l’administration des quotas relève des provinces ;
- Les différentes taxes touchant la chaîne alimentaire, notamment la tarification industrielle du carbone ;
- Une logistique fragile, tant au niveau portuaire que ferroviaire et routier ;
- Des infrastructures vieillissantes ;
- Un tissu d’entreprises généralement plus petit et moins diversifié que chez nos concurrents, limitant les options d’approvisionnement ;
- Un environnement réglementaire complexe et coûteux (étiquetage, conformité administrative, exigences multiples).
À cela s’ajoutent les mesures temporaires comme les contre-tarifs et le congé de TPS, qui ont également généré des pressions inflationnistes — soit par opportunisme, soit par la nécessité pour les entreprises d’absorber des coûts additionnels liés à ces politiques. Ces effets sont souvent invisibles pour le consommateur, mais ils sont économiquement prévisibles.
Pris isolément, chacun de ces éléments peut sembler marginal. Mais leur cumul renchérit systématiquement le coût de faire affaire au Canada — et ces coûts se répercutent inévitablement sur les consommateurs.
Dans ce contexte, la bonification du crédit de TPS, évaluée à près de 14 milliards de dollars et déjà prévue au budget fédéral, ajoute une pression supplémentaire sur la demande. Il est politiquement difficile de s’opposer à un soutien direct aux ménages vulnérables. Toutefois, toute expansion budgétaire importante qui n’est pas accompagnée d’un gain de productivité exerce un effet inflationniste, qu’on le veuille ou non.
Il est possible que le taux d’inflation alimentaire ralentisse en février. Mais un ralentissement de l’inflation ne signifie pas une baisse des prix: cela signifie simplement que les prix augmentent moins rapidement.
Tant que nous refuserons de reconnaître que notre problème d’abordabilité alimentaire est avant tout un enjeu de productivité et de compétitivité, nous continuerons à traiter les symptômes plutôt que les causes — et à répéter les mêmes erreurs.