Tyler McCan et Elisabeta Lika.
Le système d’innovation agroalimentaire du Canada a permis des avancées majeures. À lui seul, le développement du canola génère aujourd’hui environ 30 milliards de dollars d’activité économique annuelle. Les gains constants en matière de productivité laitière et le développement de variétés végétales améliorées démontrent ce qu’un système de recherche coordonné peut accomplir. Mais les conditions qui ont permis ces succès ont changé.
Le Canada continue de produire des recherches de pointe solides. Ce qu’il a du mal à faire de manière cohérente, c’est de faire passer de l’innovation de la découverte à la commercialisation et à son adoption généralisée. Trop souvent, des idées prometteuses restent bloquées entre le laboratoire, le marché et les fermes.
Le problème ne réside pas dans un manque d’idées, d’instituts de recherche, d’initiatives ou d’investissements publics. Le problème est que le système ne fonctionne plus avec une orientation claire, des incitations harmonisées ou une responsabilité quant aux résultats. En conséquence, le système génère de l’activité, mais n’obtient pas d’impact fiable.
La réponse instinctive à ces pressions consiste souvent à ajouter de nouveaux programmes ou à accroître les financements. Mais les dépenses supplémentaires ne peuvent, à elles seules, corriger les déséquilibres structurels.
Sans réforme :
- Les fonds, répartis entre des dizaines de guichets qui se chevauchent et n’ont pas de priorités communes, continueraient à être dispersés plutôt que concentrés.
- Le financement sur des cycles de cinq ans, sans renouvellement, continuerait à orienter la recherche vers des résultats à court terme plutôt que vers des découvertes fondamentales.
- Les investissements mesurés en fonction du nombre de projets et de publications, plutôt que de l’adoption et de la productivité, continueraient à récompenser l’activité plutôt que les résultats.
- Les voies réglementaires retardent la commercialisation et poussent les investissements vers des concurrents dont les voies sont plus claires.
La première étape est d’établir une étoile polaire pour l’innovation dans le secteur.
Cela signifie que les programmes, les calendriers réglementaires et les dispositifs de gouvernance sont évalués isolément, selon leurs propres critères internes, plutôt que par rapport à une vision cohérente de ce que le système devrait produire. Il en résulte une activité sans orientation et une coordination sans responsabilité.
Une étoile polaire n’élimine pas les débats sur les priorités ni sur les compromis. Elle crée le cadre dans lequel ces débats prennent tout leur sens. Elle permet aux bailleurs de fonds, aux acteurs et aux utilisateurs de l’innovation de poser une question simple, mais puissante à propos de toute décision politique ou d’investissement : cela rapproche-t-il le système des résultats qu’il est censé produire ?
Les trois recommandations de l’ICPA pour améliorer l’innovation
L’ICPA avance trois recommandations pour commencer à améliorer l’innovation dans le secteur agroalimentaire.
Le premier est axé sur le leadership. Nous avons besoin d’une stratégie nationale, d’un forum des hauts dirigeants pour encourager la collaboration et l’action, et de voir l’innovation comme une vraie priorité dans le prochain cadre stratégique. Trop d’obstacles qui entravent l’innovation agricole aujourd’hui sont d’ordre structurel et ne pourront être surmontés que par des changements induits par le leadership des acteurs du système.
Le deuxième est axé sur le fardeau réglementaire. Nous avons besoin de moderniser le système réglementaire agricole canadien afin qu’il fonctionne selon des échéanciers prévisibles, des normes fondées sur le rendement, l’harmonisation nationale et l’alignement international, tout en maintenant les évaluations rigoureuses qui s’assurent la confiance du public. La réalité, c’est que les investissements dans la modernisation des règlements peuvent être l’un des investissements les plus efficaces pour encourager l’innovation. Mais les investissements doivent être accompagnés d’une responsabilité accrue.
La troisième recommandation consiste à simplifier le cadre programmatique. Le Canada a besoin de programmes plus cohérents, de la découverte à l’adoption et à la mise à l’échelle, plutôt que d’un financement fragmenté. L’objectif n’est pas la consolidation pour elle-même, mais bien de garantir que les innovations éprouvées passent de manière fiable de la recherche à la commercialisation et à l’adoption généralisée.
Au Québec, la politique bioalimentaire a déjà une grande emphase sur l’innovation. L’une des trois grandes ambitions qui guident les actions du plan est d’accélérer l’innovation dans le secteur bioalimentaire. On voit l’innovation dans les trois grandes orientations et partout dans les pistes d’action qui les mettent en pratique.
Nous avons besoin de cette approche à l’échelle nationale.