Que de changements en un an pour le secteur agroalimentaire en valeur-ajoutée au Canada!

Par Margaret Zafiriou, chercheuse principale distinguée à l’ICPA

C’est quand même difficile de croire à quel point les choses ont changé en seulement un an. Ces changements ont engendré une incertitude accrue qui touche le secteur agricole et agroalimentaire canadien. Cependant, face à l’adversité, des opportunités se présentent, et c’est le temps de s’engager sur une nouvelle voie qui pourrait néanmoins le mener à plus de résilience et plus de prospérité pour les années à venir.

Il y a un an, seulement que le président Trump venait d’être investi et annonçait les premiers tarifs douaniers sur des pays du monde entier. L’ancien premier ministre Justin Trudeau venait d’annoncer sa démission et un congrès de chefs de parti était convoqué. Mark Carney faisait son apparition et le reste appartient à l’histoire.

Un nouveau gouvernement en avril 2025 a marqué le début d’une nouvelle ère. Le discours du Trône en mai et le budget en novembre ont amorcé un changement de priorités, avec un regain d’intéret pour la croissance et l’investissement à long terme, la diversification des échanges commerciaux, l’accélération des approbations pour les grands projets d’infrastructure et l’amélioration de la compétitivité.

Pour l’agroalimentaire à valeur ajoutée au Canada, il s’agit de priorités importantes qui ciblent clairement ce secteur stratégique. Pour le Québec avec son secteur à valeur ajoutée significatif, c’est une excellente nouvelle. L’annonce de l’agrandissement du terminal Contrecœur du port de Montréal en septembre 2025 est une étape importante pour présager un avenir prometteur pour l’agroalimentaire à valeur ajoutée dans l’Est du Canada.

Une analyse récente de l’ICPA sur ce secteur a identifié plusieurs facteurs qui contribuent au ralentissement de la productivité et de la performance économique du secteur. Parmi ceux-ci, on note la diminution des capacités de production manufacturière au pays, le fardeau réglementaire, une fiscalité inéquitable, et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Alors que le secteur canadien de l’alimentation et des boissons avait résisté à la tendance à la baisse des investissements des entreprises canadiennes en enregistrant des investissements substantiels après 2018, les récents événements géopolitiques menacent les progrès futurs du secteur.

Après 2018, la date de la signature de l’ACEUM, le secteur agroalimentaire à valeur ajoutée a réalisé des progrès considérables en matière de productivité, d’investissement, de production et d’exportations. Le PIB réel du secteur de la transformation des aliments et des boissons a augmenté de 2 % par an entre 2018 et 2024, les produits sucrés et confiseries, les céréales et oléagineux, les produits laitiers, les produits de boulangerie et autres produits alimentaires ayant enregistré des gains importants. Les exportations ont également connu une forte hausse, atteignant 59,6 milliards de dollars en 2024, motivés par un accès facilité au vaste marché aux États-Unis ainsi qu’une compétitivité accrue face aux récents investissements qui avaient été favorisés par des mesures fiscales avantageuses.

L’introduction de tarifs douaniers par l’administration Trump début 2025 a donc particulièrement affecté le secteur agroalimentaire canadien à valeur ajoutée, fortement tourné vers l’exportation. Du jour au lendemain, l’industrie a dû repenser son mode de fonctionnement après 30 ans d’intégration des chaînes d’approvisionnement à travers l’Amérique du Nord.

Malgré ces perturbations causées par l’incertitude entourant les relations commerciales canado-américaines, la nouvelle orientation du gouvernement vers la croissance et l’investissement, l’amélioration des infrastructures et la diversification des marchés laisse entrevoir de bonnes perspectives de croissance pour le secteur agroalimentaire canadien à valeur ajoutée dans les années à venir.

 

 

 

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