La dernière campagne sur le bien-être animal de la SPCA de Montréal surprend. Très différente des campagnes anti-viande auxquelles les groupes végans nous ont habitués, elle présente même un exemple de bonnes pratiques d’élevage — non pas dans une ferme marginale, mais dans les élevages porcins de DuBreton, un important groupe impliqué dans l’élevage et la transformation du porc. Cette campagne, bien présentée, marque-t-elle un recentrage du discours, autrefois très végan et alarmiste, vers un message plus acceptable pour le grand public, qui apprécie encore la viande dans son assiette? Malgré ce changement de ton, on continue à naviguer habilement entre vérité et mensonge, notamment en comparant animaux de compagnie et animaux d’élevage.
Contrairement à ce qui est affirmé en gros titre — avec toutefois certaines nuances lorsqu’on lit plus attentivement — le Québec possède bel et bien une loi et une série de règlements encadrant le bien-être des animaux d’élevage. La loi et les règlements diffèrent selon qu’il s’agit d’animaux de compagnie ou d’animaux d’élevage, car leurs besoins et leur place auprès de l’humain ne sont pas les mêmes. Dans un cas, ils sont appréciés pour leur présence; dans l’autre, pour leur rôle dans notre alimentation.
Penser que l’on devrait traiter les animaux d’élevage comme les animaux de compagnie serait une grave erreur : cela mènerait directement à l’arrêt de l’élevage et, ultimement, au véganisme.
Le Canada, et plus particulièrement le Québec, s’est doté d’une loi et de règlements pour assurer le bien-être animal. Le cadre réglementaire repose sur des codes de pratiques pour les soins et la manipulation de diverses espèces d’animaux d’élevage. Ces codes contiennent les lignes directrices en matière de soins à donner aux animaux. Ils ont été élaborés au niveau canadien à la suite d’un processus rigoureux fondé sur la science et la participation de divers groupes de la société, incluant autant des éleveurs que des associations de protection des animaux. La SPCA a d’ailleurs participé à l’élaboration de certains de ces codes. Au Québec, contrairement à d’autres provinces, les éleveurs sont tenus par la loi de respecter les exigences des codes. De plus, ceux-ci sont révisés périodiquement — plusieurs en sont à leur deuxième version — ce qui permet d’améliorer le bien-être animal au fil du temps. Souvent, ces codes imposent des pratiques nécessitant une transformation complète des bâtiments de ferme. À l’échelle du territoire, cela représente des millions de dollars d’investissements réalisés par les producteurs au cours des dernières décennies, et ces efforts se poursuivent.
Le MAPAQ a mis sur pied un programme d’aide financière pour soutenir les entreprises agricoles dans l’adaptation de leurs installations d’élevage en matière de bien-être animal. Depuis 2017, 3 900 demandes ont reçu un avis favorable, totalisant une aide potentielle de 186 millions de dollars. Cela ne couvre probablement pas tous les besoins, mais ce n’est certainement pas négligeable, contrairement à ce que laisse entendre la SPCA.
Au-delà des lois et des règlements, l’amélioration du bien-être animal fait partie des objectifs de nombreux producteurs agricoles du Québec. Il est d’ailleurs positif que la SPCA reconnaisse et mette de l’avant l’un des acteurs les plus actifs en la matière : l’entreprise porcine DuBreton. Cela nous change des campagnes de groupes animalistes qui diffusent des images de maltraitance choisies, souvent issues de cas exceptionnels et rares. En matière de bien-être animal, la SPCA rappelle également que l’achat local demeure préférable. L’encadrement de la production locale est connu et contrôlé, contrairement aux produits importés, sur lesquels nous avons peu d’emprise.