Alors que le haras du Quesnay à Vauville a changé de main ces dernières années et changé de vocation, d’autres ont la chance de poursuivre leur mission première: l’élevage. Et c’est le cas du haras de Fresnay-le-Buffard grâce au rachat par un cheikh. En Normandie, fief du cheval, on est fier de la richesse économique que représente le cheval et on le revendique. C’est un bel exemple à suivre pour le Québec.
Puisqu’en France, l’organisation du PMU (Pari Mutuel Urbain) est une base solide du financement du monde hippique, ce n’est pas pour rien que tout autour existe un écosystème porteur de richesse qui ruisselle dans toute la société et la Normandie est fière d’être l’une des régions du monde qui communique sur le thème du cheval pour faire valoir son tourisme.
Le haras du Quesnay au cœur de l’histoire normande
Le célèbre Haras du Quesnay, situé à Vauville, près de Deauville, est l’un des plus majestueux de la Côte fleurie. Il a longtemps été la propriété de la famille Head, célèbre dans le monde des courses hippiques. Les Head détenaient le haras depuis 1958. Ils l’ont vendu à la fin de l’année 2022 à Stéphane Courbit, 56e fortune de France, un homme d’affaires impliqué dans les médias. Le fondateur de Banijay et de LOV Group. La transaction, suite au décès du patriarche Alec Head, a été estimée à 24 millions d’euros dans la presse locale lors de la vente, et a marqué la fin de l’activité d’élevage historique mené par la passion de la famille Head. Les chevaux ont alors été vendus aux enchères. Il se parle que le haras fasse place à de l’hôtellerie de luxe.
Ce rachat s’inscrit dans un contexte de forte concentration de haras prestigieux par des grandes fortunes en Normandie selon la presse locale.
Le haras du Quesnay marqué à vie par l’histoire des Head
Au 20e siècle le haras est fondé en 1907 quand un riche homme d’affaires américain et éleveur de chevaux William Kissam Vanderbilt achète le domaine. À sa mort en 1920 la propriété reste dans les mains d’un autre américain, cavalier, A.Kingsley Macomber. La Seconde Guerre mondiale survient et le haras est à la quasi-abandon.
La ferme est acquise en 1958 par William Head et ses fils, Alec Head et Peter, descendants des entraîneurs qui fondèrent la English Racing Colony à Chantilly, dans l’Oise. Alec Head entreprend une restauration importante des installations pour orienter la ferme vers l’élevage. Il fait ensuite venir, en 1959, Lucky Dip le premier étalon pour une saison de monte. Au fil des ans, avec son épouse Ghislaine, le Haras du Quesnay devient l’un des principaux haras du pays, avec des chevaux acquis dans toute l’Europe et aux États-Unis.
Les enfants d’Alec Head se sont également distingués dans l’univers des courses de chevaux. Sa fille Martine a été impliquée dans la gestion de la ferme. Son fils Freddy a été un jockey majeur et un entraîneur, notamment de Goldikova. Sa fille cadette, Christine Head est l’un des meilleurs entraîneurs français et dans ce registre la femme la plus titrée au monde.
Étalons notables et une nourriture d’exception
Le Haras du Quesnay a abrité d’éminents étalons et poulinières dont le Fabuleux, Arctic Tern, Anabaa, six fois champion des étalons en France.
Les écuries sont construites en briques et disposent d’un haut plafond pour une meilleure ventilation. Les litières des chevaux étaient faites avec de la paille spécialement récoltée pour le haras, qui n’avait subi aucun traitement chimique. La nourriture des chevaux était préparée avec de l’ avoine noire, également récoltée spécifiquement pour le haras, du foin provenant de montagnes et du haras lui-même, de l’orge, du mash, des carottes et des compléments minéraux.
Un haras relancé par un Cheikh
Toujours en Normandie, un autre haras légendaire, le haras de Fresnay-le-Buffard change de mains en 2024 pour près de 27 millions d’euros, et c’est le frère du président des Émirats arabes unis, le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, vice-président des Émirats arabes unis et propriétaire de Manchester City, qui en a pris les rênes.
Situé à Neuvy-au-Houlme dans l’Orne, il appartenait depuis 1979 à la famille grecque du défunt armateur Stavros Niarchos, et a forgé certaines des plus grandes légendes du pur-sang mondial, avec des champions comme Miesque ou Kingmambo, cumulant plus de cent quatre-vingts succès classiques et sept victoires dans le Prix de l’Arc de Triomphe.
Le cheikh Mansour, connu pour son investissement dans le sport et l’élevage de chevaux de prestige, entend poursuivre l’héritage de la famille Niarchos tout en insufflant sa propre vision pour le domaine. Sur 325 hectares, l’objectif est clair : continuer à produire des champions et renforcer la réputation du haras comme l’un des sanctuaires du pur-sang mondial.
Le retour de l’investissement dans l’équestre au Québec?
Représentant 120.400 emplois en France en 2023 selon les observatoires de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), la filière équine participe à l’économie des territoires ruraux, en tant qu’important vecteur d’activités sportives et culturelles. Même si de nombreux acteurs privés y sont impliqués, les collectivités territoriales sont indissociables de son fonctionnement et de son succès notamment depuis le désengagement de l’État central des Haras nationaux de l’étalonnage, enclenché en 2009, et la vente de la grande majorité de leur patrimoine bâti.
Plusieurs communes et conseils départementaux ou régionaux ont pris le relais bien conscient de la valeur économique du cheval pour leur région. C’est donc maintenant moins uniforme en France qu’avant 2009 mais plusieurs complexes tels que celui de Saint-Lô en Normandie sont bien accompagnés par les collectivités.
Lorsqu’une région et un pays mettent de l’avant la force économique du monde du cheval, ils attirent les investissements en conséquence.
Alors que le Québec a laissé sur la touche le monde équin depuis deux décennies, il est peut-être temps que des politiciens responsables s’intéressent à ce milieu qui est au cœur de la vitalité des régions.