Cette phrase Christian Bégin ne l’a pas prononcée dans son émission Y ‘a du monde à la messe mais dans son rôle d’animateur d’un panel sur la gouvernance en agriculture lors du Sommet national sur le droit à l’alimentation tenu le 15 avril dernier à Sherbrooke. Moment fort de ce Sommet qui a réuni 400 personnes pendant deux jours, ce panel a permis à des représentants de tous les ordres de gouvernance, depuis l’international jusqu’à la plus petite municipalité, de constater et déplorer que le droit à l’alimentation, pourtant le plus essentiel de tous, n’est inscrit dans aucune charte, constitution ou loi-cadre, ni au Canada ni au Québec.
La fragmentation des compétences au Canada entre les différents ordres de gouvernement a été pointée du doigt en tant qu’obstacle majeur à l’établissement de l’alimentation dans les fins et responsabilités ultimes de notre système politique.
Invité à présenter la situation au Québec face à cette gouvernance à plusieurs étages, M. Michel St-Pierre, ancien sous-ministre au MAPAQ et coprésident de l’Institut Jean-Garon, en a ajouté une couche en déplorant la gestion bicéphale de l’agriculture au Québec entre le gouvernement et le syndicat unique de l’UPA.

Selon lui, une révision de cette gouvernance à deux figée dans le statuquo est essentielle si on veut évoluer vers un système alimentaire plus diversifiée en utilisant mieux notre territoire et ses ressources. Fait à souligner, ces remarques ont été chaudement applaudies.
Autres interventions remarquées, celles de la mairesse de Sherbrooke et ancienne ministre de l’Agriculture du Canada, Mme Marie-Claude Bibeau, et de M. Alexandre Binette, maire de Moffet, village de 211 habitants au Témiscamingue. Ils ont illustré à quel point les villes sont de plus en plus aspirées par les besoins de leurs concitoyens en alimentation, même si elles n’ont aucun pouvoir en la matière. Dans une gouvernance alimentaire mieux équilibrée, le gouvernement le plus proche des citoyens qu’est la municipalité a certainement un rôle plus grand et mieux reconnu à jouer, ont-ils soutenu
Le maire de Moffet, véritable désert alimentaire ou la plus proche épicerie est à 60 kilomètres, a expliqué comment l’enjeu de l’alimentation a soudé sa communauté. Près du quart des habitants, l’équivalent de 36 000 personnes dans une ville comme Sherbrooke, mettent la main à la pâte au jardin et à la serre communautaire. La cohésion sociale qui en a résulté est un sous-produit formidable de cette lutte citoyenne pour le droit à l’alimentation.
Enfin, Mme Marie-Lara Hubert Chartier, représentante de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, en a étonné plus d’un en présentant le Brésil comme exemple à suivre en matière de gouvernance alimentaire. Une cascade d’instances depuis une grande conférence nationale aux quatre ans jusqu’aux pouvoirs locaux, en passant par une chambre interministérielle et le président de la République, mène à une gouvernance implantée dans un territoire, régions, districts ou municipalités, soutenue et financée adéquatement.
Christian Bégin a eu le mot de la fin en revenant avec cette idée que le droit à l’alimentation est assimilable au droit à la vie, une idée qui l’a transpercé tellement elle est vraie a-t-il dit.
Sur la photo: Michel Saint-Pierre, coprésident de l’Institut Jean-Garon remet le livre « Notre agriculture à la dérive», qu’il a coécrit avec Guy Debailleul et Suzanne Dion à Christian Bégin