Le conflit entre l’Iran et les États?Unis bouscule le marché mondial de l’énergie et, par ricochet, l’économie mondiale. Le pétrole et le gaz, en plus d’être encore les principales sources d’énergie, sont essentiels à nos déplacements et au transport des marchandises. Au Canada, cette crise entraîne une augmentation des prix des carburants et de plusieurs produits liés au pétrole. Les risques inflationnistes sont élevés et, combinés à la guerre des tarifs lancée par les États?Unis, pourraient plonger notre économie dans une crise. Mais, quand on se compare, on se console : le Canada a les moyens, contrairement à beaucoup de pays, d’affronter ce nouvel ordre mondial et de s’en sortir à bon compte.
Le Canada est déjà un acteur majeur dans le domaine de l’énergie. La volonté du gouvernement canadien de faire du pays une puissance énergétique mondiale n’est pas anodine. Jusqu’à maintenant, la production énergétique canadienne s’est développée selon un axe nord?sud, favorisant l’économie américaine dans une logique d’intégration nord?américaine. Cette logique ne tient plus. Le développement doit désormais se faire selon un axe est?ouest afin de renforcer notre indépendance énergétique et nos chaînes de valeur ajoutée grâce à l’accès à des sources d’énergie fiables. Plusieurs pays n’ont pas notre chance : ils sont complètement dépendants de l’énergie provenant de régions instables, comme le Moyen?Orient ou la Russie.
L’agriculture n’échappe pas à cette réalité
L’agriculture n’échappe pas à cette réalité. Il suffit de penser non seulement au carburant consommé, mais aussi aux engrais, dont la production dépend de l’accès à de grandes quantités d’énergie. Un bon exemple est l’urée, un engrais azoté largement utilisé pour les cultures en Ontario et au Québec. Pour la produire, il faut du gaz naturel. Le Canada en produit environ 4 millions de tonnes par an, et la consommation canadienne est à peu près équivalente. Cependant, une bonne partie de notre production d’urée est exportée aux États?Unis. Cela a pour conséquence que le Québec importe environ 350 000 tonnes d’urée de l’extérieur du Canada, le rendant dépendant des aléas de l’approvisionnement mondial. Cette situation se traduit par une augmentation importante des prix dans l’est du pays.
Plus que temps d’établir une logique est-ouest
Les restrictions imposées par la Chine et la Russie en 2021, la guerre en Ukraine, les perturbations logistiques des dernières années, la hausse du prix du gaz naturel en Europe, le conflit au Moyen?Orient entre les États?Unis et l’Iran qui a entraîné le blocage du détroit d’Ormuz, ainsi que le droit de douane de 35 % imposé par le Canada sur les engrais russes — une source historiquement importante pour l’Est du pays — rendent tous l’approvisionnement difficile et coûteux pour le Québec et l’est du Canada. Pendant ce temps, l’Ouest canadien produit de l’urée à faible coût pour l’exporter aux États?Unis. C’est ça, la logique nord?sud. Il est plus que temps d’établir une logique est?ouest afin de sécuriser nos approvisionnements.
Les gouvernements actuels en sont bien conscients. Ils doivent changer des mentalités et des habitudes liées à un ancien modèle économique qui évolue rapidement, plus rapidement qu’on ne le souhaiterait. Ils doivent investir dans des infrastructures inexistantes afin de rapatrier des chaînes de valeur ici : un travail colossal. Ce grand chantier ne dépend pas uniquement des gouvernements, mais aussi des citoyens, en tant que consommateurs. Lorsque c’est possible, quitte à chercher un peu plus, nous devrions privilégier les produits faits ici, même partiellement. L’achat de produits importés, même en partie, contribue à diminuer les ressources dont nous avons besoin pour créer nos propres chaînes de valeur et devenir plus résilients face à ce nouvel ordre mondial. Que ce soit au niveau de notre ferme ou au niveau de notre nation, cela s’appelle être maître chez soi.