Sauvées in extrémis par la mobilisation citoyenne, les Terres des Sœurs de la Charité (TSC) pourront enfin commencer à être mises en valeur à leur plein potentiel sous la gouverne de l’Alliance Agro Parc, un nouvel organisme sans but lucratif mandaté à cet effet par le gouvernement du Québec.
L’annonce en a été fait récemment par le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, M. Donald Martel, sur les lieux mêmes de cette ferme ancestrale à cheval sur les arrondissements de Beauport et de Charlesbourg.
Le ministre et les autres orateurs ont souligné amplement la valeur extraordinaire de ce bijou de 200 hectares situé, cas très rare à l’échelle de la planète, dans le périmètre urbain d’une capitale nationale. Les valeurs d’aide alimentaire à la communauté, d’agriculture de proximité, d’agroécologie, de recherche et d’aide à la relève seront au cœur du projet, faisant des TSC un ajout exceptionnel à la carte de visite de Québec.
Un quintet d’administrateurs de haut vol aura la responsabilité de réaliser le plein potentiel des TSC avec une grille d’analyse non commerciale axée sur l’intérêt public. M. Martin Garon, agriculteur et représentant d’Agrinova (un centre de diffusion technique associé au cegep d’Alma) en assurera la présidence. Il sera secondé par madame Élaine Côté, directrice générale de Moisson Québec, ainsi que par messieurs Denis Roy, doyen de la Faculté d’agriculture et d’alimentation de l’Université Laval, Yves Laurencelle, président de la Fédération de l’UPA Rive-Nord et Capitale-Nationale, et Denis Vachon, PDG de l’Institut de recherche et de développement agroalimentaire (IRDA). Monsieur Gabriel Dusablon, responsable de l’agriculture au Conseil municipal de Québec, sera également membre du conseil d’administration.
Un budget de 400,000 $ a été alloué à l’Alliance Agro Parc pour lancer la mise en valeur. D’ici à ce que les contours de celle-ci se précisent, une partie des terres sera consacrée à des expérimentations et une autre a été louée à un exploitant qui, cette année, cultivera du soya dans le cadre d’une stratégie de rotation visant à préserver la qualité agronomique du sol. Du blé panifiable dont le Québec a énormément besoin? Du bio? Des hypothèses qu’Alliance Agro Parc entend examiner.
Un autre enjeu qui devra être traité est la participation citoyenne à ce beau projet de même que l’interrelation entre un usage agricole en ville et son voisinage immédiat.
Rappelons que deux organismes exploitent déjà des parcelles depuis l’an dernier. La Ferme urbaine sociocommunautaire et écologique (FUSÉ) approvisionne des banques alimentaires des quartiers voisins en légumes frais alors que la Ferme des Ambassadeurs produit des légumes exotiques pour répondre à une demande spécifique du marché régional.
Un rappel historique
Tout cela est rendu possible parce que le gouvernement du Québec s’est porté acquéreur des TSC en 2022 pour près de 30 millions après l’échec d’un vaste projet immobilier qui aurait fait du site un quartier de banlieue de plus.
Un intervenant a pris la parole pour souligner que l’histoire n’a pas commencé là et que sans une mobilisation citoyenne obstinée et coriace de 2014 à 2018, ce sont des bungalows et non pas des légumes qui pousseraient sur les TSC. Il y a d’abord eu le cri du cœur dans la presse d’un agriculteur voisin du site, M. Denis Bédard chez qui l’annonce avait d’ailleurs lieu. Plusieurs organismes ont pris la balle au bond, dont Voix Citoyenne et l’Institut Jean-Garon, et ont réussi à force de lettres ouvertes, de mémoires et de manifestations, à empêcher que les TSC soient exclues de la zone agricole protégée.
Le ministre Martel a tenu à remercier M. Bédard et les citoyens et citoyennes qui ont réussi à sauver les TSC de l’urbanisation, tout en s’excusant de ne pas l’avoir souligné lui-même, n’ayant pas été mis au courant plus tôt de cette belle histoire citoyenne.
Sur la photo: Quelques-uns des acteurs de la mobilisation citoyenne qui a sauvé les TSC de l’urbanisation entourent le ministre Martel. De gauche à droite, Simon Bégin de l’Institut Jean-Garon, Denis Bédard, le lanceur d’alerte à l’origine de tout, Monique Gagnon et Claire Binet de Voix Citoyenne, le ministre Martel, Pierrette Paiement, de Voix citoyenne, Pierre Racicot , citoyen engagé, Claudine Dorval, également de Voix citoyenne, et Jean-François Simard, député de Montmorency.