(ML) La Ferme La Gauloise, un long fleuve tranquille, remplie d’amour pour la terre et le troupeau, de génération en génération. Les temps ont changé, beaucoup changé, depuis 1903, lorsque François Gaulin, a quitté St-Eugène pour venir, à 20 ans, prendre épouse à Montmagny, et s’établir sur la terre qui, 108 ans plus tard est toujours la propriété de sa descendance.
L’arrière-grand-père de Stéphane, maintenant propriétaire de l’immense ferme, avait payé plus de 1,500 dollars pour cette terre. Une somme faramineuse à l’époque.
Marcel Gaulin a été le premier héritier. À 80 ans bien sonné, solide comme un chêne, servi par une mémoire vive, il a vécu toutes les étapes et surtout toutes les transformations de l’agriculture et de la production de lait des 70 dernières années. Au fond, depuis qu’il est né, il n’a jamais quitté cette ferme de Berthier-sur-mer sur la route 132 à l’est de Québec.
Tant de choses à dire
Il en a des choses à raconter. Autant, sur comment se passait la vie à la ferme et dans le patelin de Montmagny que sur l’incroyable technologie qui a totalement chamboulé le milieu agricole.
«Ma mère a eu 15 enfants, j’étais le dernier. Comme le voulait la coutume. Les autres partaient pour aller gagner leur vie et le dernier prenait la relève. Mon père m’a cédé la ferme en 1951, mais il a conservé la «maîtrise» comme nous disions. Les vieux se protégeaient d’une expulsion possible des lieux s’ils avaient des enfants ingrats. C’était un don et un engagement en même temps de prendre soin du patriarche de la famille», raconte-t-il.
Marcel n’a complété que sa 4ème année. Toutefois ne craignez rien il n’est aucunement démuni intellectuellement et il “connait le tabac“ comme le veut l’expression.
Il est devenu le maître à bord en 1961 mais déjà son fils Germain, père de Stéphane, besognait dans l’étable. «À l’âge de sept ans on trayait les vaches» intervient Germain.
Dans les années 50 les Gaulin ont été les premiers à posséder un tracteur. Un Cockchutt qui a coûté la somme impressionnante de $1,900 dollars. Quand on vous dit que plus rien n’est pareil !
«Nous sommes passés de la fourche à la mécanique et ensuite l’évolution est venue assez rapidement», ajoute Marcel. On comprend aujourd’hui que le petit fils Stéphane roule carrosse avec cinq mastodontes pour parcourir les acres et les acres de la ferme.
L’amour de la terre
Germain a failli briser la chaine familiale de La Gauloise lorsqu’à 17 ans il a décidé de tenter l’expérience de la récolte du tabac en Ontario.
«J’ai un seul regret», répète-il à deux ou trois occasions. «J’aurais vraiment voulu apprendre l’anglais. Cela me manque et j’avais l’occasion à ce moment. Je regrette de ne pas être resté en Ontario plus longtemps.» Peut-être ne serait-il jamais revenu à Berthier.
C’est à ce moment qu’on réalise combien l’attachement et l’amour de la terre et des pâturages deviennent indissociables de la vie des Gaulin.
«Je ne pense pas. Je serais rentré parce que j’ai toujours aimé ce lien avec la nature et les animaux.
La dessus je n’ai aucune amertume.»
Germain a succédé à son père en 1986 avant, à son tour, de céder cette ferme renouvelée, agrandie, automatisée, à son fils Stéphane.
Autre temps, autre mœurs. Pas toujours vrai, du moins à la Gauloise. Si le paysage a changé, si la machinerie est devenue plus robuste, si le troupeau s’est agrandi, il y a une chose qui est restée.
Personne de la hiérarchie n’est vacancier. Et pourtant aucun n’a l’impression de vivre l’esclavage «J’ai fait un voyage dans ma vie. Après 25 ans de mariage mon épouse est tombée à la renverse lorsque je lui ai appris que nous partions cinq jours faire le tour de la Gaspésie. Ce sont les seules vacances de ma vie,» raconte Marcel avec son éternel sourire.
«Moi je suis allé en Ontario pour du travail. Une fois revenu je ne suis plus jamais parti. Des vacances je ne connais pas cela. Comme c’est un apprentissage, je pense bien que je n’ai pas commencé assez tôt pour que cela devienne une habitude» ajoute Germain.
Stéphane est diplômé de l’École d’Agriculture de La Pocatière. Il occupait un poste de technicien en finances agricoles au Service des prêts agricoles.
Durant ses vacances, c’est le chemin de La Gauloise qu’il empruntait pour venir trimer sur la ferme qu’il dirige maintenant.
«J’ai toujours voulu prendre cette production laitière en main. Les vacances viendront peut-être plus tard. Aujourd’hui j’ai le sentiment de liberté même si je travaille plus de 12 heures par jour. Je n’ai pas à composer avec un patron, ou les éternelles décisions qui n’aboutissent plus. Vraiment je suis parfaitement heureux de ce que je fais de ma vie.»
L’appui technologique nécessaire
La machinerie a simplifié bien des choses. Tous les changements technologiques lui ont permis de faire passer le troupeau à une quarantaine de têtes plus quelques dizaines de rejetons. Il aura le temps de progresser encore puisqu’il n’a que 33 ans.
On est bien loin du temps où le grand père avec ses 12 vaches trimait tous les jours pour écrémer le lait pour fournir, avec quatre autres producteurs du coin, la crème à la fromagerie et donnait le lait pour l’engraissement des cochons.
La Gauloise n’est peut-être pas la plus immense ferme de la région, ni la plus flamboyante. Une rencontre avec trois générations des Gaulin montre à quel point la rentabilité n’était pas uniquement l’ultime raison de cette belle famille.
L’amour de la terre et les liens tissés serrés de tous ses membres expliquent tout.