Arrivée depuis quelques mois au Honduras à titre de conseillère technique chez Oxfam-Québec, j’ai la chance de travailler dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) auprès de quatre organisations locales non gouvernementales. À travers mon travail, je souhaite transmettre un message simple et complexe à la fois, tout en étant fondamentale: la sécurité alimentaire, c’est bien plus que deux mots!
En réalité, la sécurité alimentaire et nutritionnelle comprend quatre piliers fondamentaux, dont la disponibilité, l'accès, la consommation et la stabilité. Il est essentiel de travailler sur ces quatre piliers simultanément afin de garantir un réel état de sécurité alimentaire. Selon la FAO1 (Food and Agriculture Organisation), la sécurité alimentaire est définie comme étant garantie que lorsque toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui comble leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine. Malheureusement, cette définition sur le terrain est comprise d'une façon trop restrictive.
Les gens associent la sécurité alimentaire et nutritionnelle à la disponibilité des aliments alors que celle-ci se concentre principalement sur l'agriculture familiale par le biais des actions basées sur une production alimentaire. Le problème est que la production alimentaire reste limitée à quelques aliments. C’est ainsi qu’on met de côté tous les besoins nutritionnels des individus en oubliant les trois autres piliers indispensables: l'accès, la consommation et la stabilité. En ce moment, la question à se poser demeure à savoir si la population a réussi à se sortir de l'insécurité alimentaire grâce à ces actions ? Malheureusement non, il y a encore beaucoup de travail à faire ! La sécurité alimentaire va au-delà de la semence des aliments les plus communs de la région. Il faut pousser plus loin les actions pour ne pas simplement offrir aux plus défavorisées des semences et des outils pour cultiver la terre. Ne nions pas la très grande importance de ces actions, mais il faut davantage agir de manière plus large.
Quand on parle d'agriculture familiale, il faut prendre en compte une panoplie de facteurs qui peuvent avoir un enjeu sur la réussite du projet dont l'origine des semences, les besoins nutritionnels de la population, la capacité productive des familles, la composition familiale (main-d'œuvre), l'appartenance de la terre, les politiques alimentaires, le modèle agroalimentaire du pays, l'accès à l'eau, les changements climatiques, la culture alimentaire, la préparation et la conservation des aliments, etc.
L'état nutritionnel est un des indicateurs les plus importants de la sécurité alimentaire. Si on ne tient pas compte du contenu nutritionnel des aliments inclus dans l'agriculture familiale, c’est comme si nous souhaitions couvrir le soleil avec un seul doigt. En tout temps, on doit aborder le concept de la santé alimentaire et nutritionnelle de façon multifactorielle pour mettre en place des actions qui visent réellement à assurer un état de sécurité alimentaire de la population visée.
Chez Oxfam-Québec, nous travaillons avec la population afin qu’elle puisse bénéficier d’un accès équitable et durable à des aliments variés, nutritifs et sains. En améliorant les pratiques nutritionnelles, nous nous rapprochons de nos objectifs qui visent à atteindre une réelle sécurité alimentaire. Ce travail est particulièrement essentiel avec les femmes et les jeunes qui pourront éventuellement exercer un pouvoir accru sur les ressources naturelles et les revenus agricoles.