« J’ai accompli ce que je pouvais livrer dans le contexte actuel » -Caroline Émond, ex-dg des PLC

Caroline Émond quitte la direction générale des Producteurs de lait du Canada (PLC) avec le sentiment du travail accompli, même si elle n’y a été que deux ans et demi. Entrevue avec une lobbyiste qui espère avoir laissé un héritage inspirant pour aider aux négociations à venir avec les États-Unis et l’Europe.

« J’avais le mandat précis de reconstruire des relations avec les gens, autant à l’interne, avec les producteurs laitiers qu’avec les transformateurs. J’ai beaucoup fait de terrain pour comprendre la réalité des producteurs. Ce n’est pas une question de temps, mais de réalisations. J’ai accompli ce que je pouvais livrer dans le contexte actuel », déclare l’ex-négociatrice en chef des PLC.

On lui doit notamment la conclusion de l’entente de principe avec les transformateurs de produits laitiers canadiens, qui a conduit à la création de la classe 7 dans l’échelle de prix du lait payé aux producteurs.

Très impliquée avec le comité de négociations et le comité directeur, Caroline Émond  considère que ce travail d’équipe a résulté en un changement de dynamique au sein des PLC, « des gens passionnés, dévoués, possédant de belles valeurs familiales. »

Dans le communiqué de presse émis à la fin juin pour annoncer son départ, les PLC soulignent également que Madame Émond a actualisé l'image de l'organisation grâce au lancement de la nouvelle identité visuelle, en plus de réviser la mission, la vision et les valeurs (…) en vue de propulser l'organisation dans le 21e siècle. Elle a travaillé avec les équipes de marketing de la Saskatchewan, de l'Alberta et du Manitoba afin de créer des synergies additionnelles visant à assurer une meilleure cohésion avec les organisations. En outre, elle a contribué à minimiser les impacts du PTP pour les producteurs laitiers.

« J’ai travaillé sur tous les fronts, y compris à l’international. J’ai laissé un héritage sur lequel les gens vont pouvoir continuer, un héritage qui les rend prêts à faire face aux défis »,  ajoute-t-elle.

Pourquoi partir ?

Mais qu’en est-il réellement de ce départ ? Pourquoi survient-il à la veille du début d’importantes négociations avec les États-Unis et l’Europe, dans la révision de l’ALENA et de la mise en œuvre de l’Accord économique commercial global ( AÉCG) avec l’Europe?

Caroline Émond évite la question, plusieurs fois. Elle confirme toutefois que son expertise de lobbyiste en agriculture devrait faire partie de la suite de sa carrière, que ce soit au privé ou dans une organisation qui représentera les producteurs agricoles. 

Elle se garde bien aussi de commenter l’équipe de négociations actuelle, formée autour de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

« Pour l’instant, je n’ai pas pris de décision sur mon avenir. Je suis fatiguée, je vais prendre l’été pour me reposer et me refaire une tête sur les choses en général. Je suis une lobbyiste et je le demeure. Je n’ai pas eu d’offres, je vais continuer en négociations et en médiation, ce sont mes forces. Je suis ouverte à voir ce qui viendra », se contente-t-elle de dire.

Il faut rappeler que Caroline Émond a déjà occupé des postes importants autant dans le secteur privé que diplomatique. L’avocate originaire de ville de La Baie au Saguenay,  a notamment travaillé pour Bombardier, puis a été déléguée générale du Québec à Bruxelles entre 2013 et 2015. Elle avait travaillé de 1998 à 2006 pour les PLC, d’abord à titre de directrice adjointe au commerce international à Ottawa et ensuite à titre de représentante permanente des producteurs de lait, d’œufs et de volaille auprès de l’Organisation mondiale du commerce à Genève, en Suisse (2001-2006).

Lors de son entrée en poste en janvier 2015, Caroline Émond déclarait au journal Progressive Dairyman que « nous devons trouver un équilibre entre tous ces intérêts – la santé, l'environnement et les entreprises. Pour l'industrie laitière en particulier, les défis incluent les accords commerciaux internationaux et veillent à ce que nous continuions à fournir des produits de qualité, tel qu’attendu par les consommateurs. »  Six mois plus tard, l’ex-dg  ne s’était pas gênée pour fustiger le Conference Board of Canada, l’accusant de fonder ses arguments contre la gestion de l’offre « principalement sur des demi-vérités et des mensonges. »

« Je choisirai mon nouveau défi professionnel avec mon cœur, en lien avec mes valeurs personnelles, comme je l’ai toujours fait », poursuit-elle.

 

 

 

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