Le 4e Fonds de l’UPA engrangerait-il des millions chaque année ?

Encore une fois cette année, c’est à huis clos que les délégués du 93e Congrès général ont pu prendre connaissance du Fonds de défense professionnelle de l’UPA (le 4e fonds), dont la quasi-totalité des producteurs ignore son contenu. Un délégué plus bavard que d’autres, M. Richard Maheu, a dévoilé qu’il renfermerait l’équivalent de 5% de l’enveloppe totale de l’UPA. 

La Vie agricole a questionné plusieurs délégués pour tenter d’en connaître la véritable valeur, sans y parvenir, à cause soit de leur ignorance, soit d’un mutisme généralisé. Puis, le président de la Fédération de l’UPA Outaouais-Laurentides, Richard Maheu, a lancé après une hésitation, que ce fonds contiendrait « l’équivalent de 5% de l’enveloppe totale. »

Lors du congrès, l’UPA a présenté devant tous les délégués et la presse des états financiers partiels, seulement trois fonds selon la note 2 du rapport financier de l’auditeur Raymond Chabot Grant Thornton: Le Fonds syndical, le Fonds Maison de l’UPA et le Fonds des publications de L’Union des producteurs agricoles.

Le 4e fonds a, quant à lui, été présenté à huis clos et distinctement.  

Le total des revenus des trois premiers fonds s’élève à 33 182 564 $ selon le rapport financier 2016-2017. Si on tient compte seulement de ces revenus, cela voudrait dire que le Fonds de défense professionnelle (le 4e fonds)  aurait engrangé autour de 1,65 M$ au cours de la dernière année. Mais cela pourrait être plus…

 « C’est notre arme de défense, puis ça appartient aux producteurs agricoles, aux délégués de le voir et il reste à huis clos », s’est défendu M. Maheu, tout en affirmant en être un administrateur.

Rappelons qu’en 2017, avec une cotisation de base de 336$, les producteurs et productrices ont versé la somme brute de 13 797 942 $. Avec les contributions des fédérations et syndicats spécialisés qui se sont élevées à 10 201 825 $, le total des sommes versées par les producteurs approche les 24 M$. À cette somme s’est ajoutée des revenus provenant de la vente publicitaire au journal La Terre de chez nous, d’autres services professionnels et collectifs, des loyers, et des produits de placements financiers.

Soutenir les fédérations

Richard Maheu s’est même aventuré à détailler ce à quoi sert ce 4e fonds, qu’il dit totalement dédié aux producteurs et à la structure de l’UPA. « Quand il y a des problématiques de secteur, (…) le Fonds est là pour soutenir les fédérations spécialisées dans leurs revendications. Lorsqu’une d’entre elles veut y puiser des sommes pour financer (la défense de ses intérêts), elle doit déposer une demande étoffée en bonne et due forme, que les administrateurs du Fonds analyseront selon les critères que les délégués auront adoptés lors de congrès généraux antérieurs. »

Le droit de savoir

Les producteurs ne sont-ils pas en droit de savoir combien d’argent il existe dans un fonds qui travaille parfois contre eux? Ce à quoi, Yvon Boucher, délégué du syndicat de Rouville en Montérégie et membre de l’exécutif de la Fédération des producteurs de lait, renchérit : « On ne dit pas à nos adversaires qui veulent prendre des actions contre nous, combien on a d’argent pour se défendre, on ne dévoile pas nos stratégies, nos munitions (…) Je ne veux pas être celui qui va dévoiler la confidentialité », lance-t-il, visiblement mal à l’aise de parler du sujet.

Un fonds de réserve ?

Même le 2e vice-président de l’exécutif, Paul Doyon, récemment élu, a dit ne pas connaître l’existence de ce fonds, avant de se raviser et de nous suggérer de lire les états financiers. « Je n’ai pas cette réponse-là », a-t-il lancé.

Un producteur des Basses-Laurentides, Michel Lauzon, juge normal que le fonds soit gardé secret. « C’est le back-up de la structure, (…) ça pourrait changer toute la façon de voir l’UPA, c’est correct qu’il ne soit pas publié ». Il compare ce fonds à celui « des Générations » créé par le gouvernement du Québec et estime qu’il doit contenir à peu près l’équivalent.

Sur le site du ministère des Finances du Québec, en 2016-2017, le Fonds des générations vaut un peu plus de 10,5 milliards de dollars.

Groleau refuse

À la fin du point de presse suivant son discours de président, Marcel Groleau a carrément refusé de répondre aux questions de La Vie agricole sur le 4e Fonds, lançant « savoir où nous voulions en venir. »

La Vie agricole lui a fait suivre les questions par courriel et attend toujours une réponse.

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