Le porc est en surproduction aux États-Unis au grand damne des producteurs québécois. À cela s’ajoute l’arrivée dans quelques mois de Donald Trump à la présidence américaine avec ses projets protectionnistes. Et l’Accord Canada/Europe ne sera peut-être pas la panacée ! Pour mieux comprendre l’évolution de la production porcine au Québec, une relecture de mémoires de Jean Garon s’avère utile !
La chute du prix du porc, un effet domino de la bonne santé du porc américain ?
La production de porcs chez nos voisins du sud est en grande expansion et par effet domino le prix du porc québécois est en chute libre. Mi-novembre, Brett Stuart, analyste du marché pour la firme américaine Global Agri Trends, confiait à La Presse que la tendance n’est à la veille de se renverser. La chaîne agroalimentaire américaine se réveille, des abattoirs performants se construisent alors les producteurs produisent plus dans l’espoir de gagner des marchés d’exportation.
Et les Européens ne rêvent pas du porc québécois
Les Éleveurs de porcs du Québec ont confié être inquiets. D’autant plus que si les producteurs de porcs au Québec espéraient profiter du nouveau marché européen qui s’ouvrira avec l’Accord Canada-Europe, la partie risque d’être beaucoup plus dure que prévu. Vincent Chatellier, économiste à l’institut national de la recherche de Paris ( INRA) a été catégorique dans une entrevue à La Presse déclarant que si l’Europe avait besoin de porc canadien elle en importerait déjà : « On n’a pas de besoin et on n’a pas du tout la tradition d’importation de produits porcins sur le marché domestique. On a une excellente production en Europe de 3 millions de tonnes».
Le seul espoir serait de convaincre le consommateur européen d’acheter un produit distinctif « made in Québec», mais l’économiste Chatellier rappelle que le Québec reste suspect aux yeux des acheteurs québécois parce qu’associé aux Américains. De là naîtrait un doute sur la méthode production et le bien-être animal!
Toutefois, l’Asie semble actuellement le continent fétiche pour les exportations québécoises avec près de 25 % de celles-ci.
Quand Garon analysait la situation du porc en 2013
Après deux bonnes années, la production de porcs au Québec risque de vivre de grandes difficultés. Les programmes de compensations financières aux producteurs et aux intégrateurs risquent de reprendre de plus belle si la situation continue de se détériorer. Voilà de quoi relancer un dossier sensible que Jean Garon questionnait dans ses mémoires en 2013: « Il y a aujourd’hui dans l’industrie porcine cinq grandes familles d’intégrateurs privés, en plus de la Coopérative fédérée. Les intégrateurs contrôlent ainsi 60 % de la production de porcs.(…) Les animaux sous intégration sont majoritairement élevés par des agriculteurs à forfait, qui sont payés tant par porc. Les éleveurs intégrés fournissent la terre, les bâtiments, et leur travail, mais tout le reste, porcelets, moulée, médicaments, méthode d’élevage, services vétérinaires, etc., est fourni par l’intégrateur. C’est lui, en tant que propriétaire des animaux, qui est assuré et qui reçoit les paiements de stabilisation quand le prix du marché ne permet pas de couvrir les coûts de production. Il faut comprendre que ces coûts de production sont déterminés en grande partie par l’intégrateur lui-même, puisqu’il fournit tous les intrants. Drôlement pratique pour un assuré, de pouvoir influencer le montant de sa perte ! Si le prix de la moulée grimpe, la perte augmente et l’assurance paie davantage. Or, c’est le meunier-intégrateur qui se vend à lui-même la moulée, souvent fabriquée avec des grains importés des États-Unis ou de l’ouest du Canada ! Il me semble qu’il y a un petit problème…» écrivait-il en page 190-191 de son livre mémoire : Pour tout vous dire.
Ne pas diaboliser les intégrateurs, mais protéger le bien commun !
Et il ajoutait : « Dans les conditions du marché du porc au cours des dernières années, le système a généré des paiements de stabilisation de centaines de millions de dollars, paiements qui ont pu atteindre des dizaines de millions pour certaines entreprises. Ces fonds proviennent en majeure partie des gouvernements.(…) Je ne veux pas diaboliser l’intégration. Dans le développement de l’agriculture des quarante dernières années, ces entreprises, souvent issues de meuneries régionales, ont été de grandes innovatrices en termes d’efficacité, de génétique, de qualité et de développement des marchés. Cependant, elles ont une dynamique proprement capitaliste, et cherchent donc systématiquement à maximiser leurs profits, à avoir le contrôle le plus étendu possible de leur environnement et à réduire les risques auxquels elles s’exposent. Pour moi, ça va, tant qu’il n’y a pas de conflit direct avec le bien commun et tant que les intégrateurs ne refilent pas leurs risques à la collectivité pour ne garder que les profits. Mais tel est le cas aujourd’hui avec l’Assurance stabilisation des revenus agricoles».
L’erreur du mouvement coopératif et le rôle passé de Paradis !
Il met ensuite la faute sur le mouvement coopératif qui selon lui n’aurait jamais dû faire le saut dans l’intégration à l’échelle où il l’a fait. Il estime dans ses mémoires que l’intégration aurait pu être une force privée importante, mais contrebalancée par un mouvement coopératif plus proche des producteurs indépendants. Il reproche alors les discours ambigus au cours des années 80 de la Coopérative fédérée et de l’UPA qui n’auraient pas donné tout leur appui aux fermes familiales. Il reproche aussi dans ces mêmes mémoires le rôle que Pierre Paradis a joué à l’époque comme avocat des intégrateurs pour combattre les plans conjoints dans le porc. Que dirait-il aujourd’hui de «l’éclaircissement» du même Pierre Paradis devenu ministre qui veut sauver la gestion de l’offre dans le lait ?
Quelle place aujourd'hui pour le producteur de porcs ?
Le débat autour de l’industrie du porc est d’autant plus d’actualité à l’heure où les contrats entre intégrateurs et producteurs seraient signés en dollars US et que les ventes en Europe si elles finissent par décoller seront payées en euro à l'intégrateur. Il se peut alors que ce ne soit pas le producteur qui fasse la meilleure passe.